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Les libéraux prennent en main leur régulation

[19/02/2009]  |

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Dans un tiers des départements, les médecins de ville régulent la permanence des soins avec un numéro de téléphone dédié. Des députés poussent pour que le projet de loi HPST applique une formule unique à tout l’Hexagone.

drelouazzani-photoarticleVingt heures pile. L’heure du journal télévisé pour certains, pour d’autres, l’heure de la permanence des soins. En Franche-Comté, ce mercredi soir, quatre généralistes sont mobilisés. Les Drs Françoise Lieb, Mohammed El Ouazzani, Elena Ariskina et Philippe Calendini ont éteint les lumières de leur cabinet pour rejoindre la plateforme du centre 15, à l’hôpital Jean Minjoz de Besançon (Doubs). Casque sur les oreilles comme de véritables opérateurs téléphoniques, ils répondent, jusqu’au lendemain huit heures, aux appels de la population. Avec leurs confrères installés au centre 15 de Belfort, ils régulent les besoins des 1 200 0000 habitants de la région. « Une mère inquiète face à la fièvre de son enfant, un patient qui veut l’interprétation de ses résultats médicaux, une personne dépressive… les demandes sont très variables, explique le Dr Christophe Gevrey, généraliste à Besançon, directeur de l’association qui gère la régulation médicale libérale en Franche Comté (Acoreli). 60 % de notre activité relève du conseil, le reste c’est de l’orientation vers un médecin de garde, pour une consultation voire une visite, exceptionnellement nous dirigeons le patient vers l’hôpital. » Grâce à cette régulation libérale, le travail des médecins de garde est facilité. Depuis 2003, avec la fin du système des gardes obligatoires, les médecins libéraux optent de plus en plus par département ou région, pour une régulation de la permanence des soins (PDS). Ce type d’organisation donne satisfaction aux médecins de garde dans 88 départements, selon la toute dernière enquête annuelle du Conseil national de l’ordre (CNOM) sur la PDS.

« Allo le 39 66 »

« La régulation est d’autant plus nécessaire que le nombre de généralistes diminue dans notre région et que les secteurs de garde sont élargis », ajoute le Dr Gevrey. Ce constat s’applique à l’ensemble de l’Hexagone. En 2008, la France comptait plus de 2500 secteurs. Le gouvernement souhaite les réduire à 2000. En outre le volontariat s’essouffle : 20 % des secteurs tournent avec moins de 5 médecins de garde. Le tassement est sensible puisque, selon la dernière enquête de l’Ordre, la participation volontaire était, en janvier 2009, supérieure à 60 % dans les trois-quarts des départements, contre 81 % l’année dernière et 85 % en 2007.
La régulation en amont est donc primordiale. Mais comment l’organiser ? Aujourd’hui, plusieurs possibilités s’offrent au patient. Il peut choisir d’appeler le 15, qui est affecté aux urgences mais gère aussi la PDS, comme en Gironde ou dans le Nord Pas-de-Calais. Il peut aussi composer le 18 pour une intervention des sapeurs-pompiers. « Et surtout, il y a les numéros des différentes associations médicales, dont en premier lieu,  SOS médecin », rappelle le médecin et député UMP Philippe Boënnec, auteur d’un rapport sur le sujet. “Acoreli” a aussi un numéro dédié. Depuis juin dernier, pour accéder à un médecin de garde, la population franc-comtoise compose un numéro unique, le 39 66. « C’est plus simple pour les usagers, explique le Dr Alain Studer, généraliste, président de la Fédération des centres de généralistes libéraux (Regul G) et d’Acoreli. Ce numéro permet aussi de protéger le 15 d’appels encombrants ».

Un passage obligé par le 15 contesté

La question est actuellement en débat au Parlement. Le projet de réforme « Hôpital, Patients, Santé, Territoires » comprend en effet un article sur cette question (article 16). Il stipule que « cette régulation s’organise autour d’une régulation téléphonique accessible par un numéro national d’appel ou, en complément, à partir de plateformes interconnectées ». C’est-à-dire un numéro d’appel unique à la PDS et à l’aide médicale urgente ? La ministre de la Santé a sous-entendu que tous les appels passeraient par le 15, lors de sa visite au service d’urgences de Bordeaux en janvier dernier. Le Dr Yves Grall, directeur de l’ARH de Lorraine, souhaite que « l’initiative soit laissée aux futures agences régionales de santé (ARS) ». Le président de SOS Médecin est lui, farouchement opposé à un 15 omnipotent et à ce que les ARS soient maîtres de l’organisation (écouter audio ci-contre). Quant au président de MG France, le Dr Martial Olivier-Koehret, il milite pour la mise en place d’un numéro unique dédié à la régulation libérale, comme en Franche-Comté et dans 33 autres départements. Un projet soutenu par Christian Saout, le président du CISS, un collectif de 32 associations nationales de patients. « C’est une mesure de bon sens, souligne le président du CISS. Nous sommes favorables à un amendement qui ira dans ce sens». L’idée est de rendre lisible à la population le travail des libéraux en dehors des heures d’ouverture des cabinets.
Autrement dit, les propositions d’organisation de la PDS fusent dans tous les sens. Mais il est grand temps de trancher. En Poitou-Charente par exemple, plus d’une personne sur quatre se rend aux urgences parce qu’elle n’a pas réussi à joindre un médecin, « même après plusieurs essais », d’après un sondage sur l’accès aux soins commandé cet automne par l’ARH. Le mouvement vers les urgences pourrait encore plus s’accentuer. En effet, les horaires de PDS se réduisent. En 2008, 5 % des secteurs ont réduit la durée de la PDS à minuit, d’après l’enquête du CNOM. « Il n’y a plus aujourd’hui que 19 départements où la garde de nuit profonde est assurée en totalité », soulignent les auteurs. En outre, cette réduction horaire n’est pas toujours bien préparée. Dans 22 secteurs, le relais après minuit avec les structures hospitalières n’a pas été défini. Ce qui fait grincer les dents des urgentistes dans les services d’accueil. Certains vont plus loin. Ils estiment que la régulation libérale, si elle décharge le centre 15 d’appels téléphoniques, elle a tendance à remplir les services d’urgence.
Mathias Germain




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