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Mon grand-père est mort d’un cancer du côlon
[9/11/2007] |
Un homme de 52 ans, consulte pour une visite systématique. Vous êtes son nouveau médecin référent, suite au départ à la retraite de son précédent médecin.
Consultation 1
Comme antécédent, il vous signale une hypertension artérielle depuis 6 ans environ, bien contrôlée par une monothérapie par un inhibiteur de l’enzyme de conversion. Il a une obésité ancienne (101 kg pour 177 cm, soit un indice de masse corporelle de 32,2 kg/m²). Sur le plan familial, son grand père est décédé à l’âge de 82 ans d’un cancer colique, son père est décédé d’un infarctus du myocarde à l’âge de 42 ans, sa mère est en bonne santé. Il a 3 frères, il ne leur connaît pas de problème de santé grave.
L’examen clinique est sans particularité.
En fin de consultation, le patient s’inquiète de la nécessité de réaliser une coloscopie de dépistage compte tenu de son antécédent familial.
L’examen clinique est normal.
En l’absence de signes d’appel (syndrome rectal, syndrome dyschésique, rectorragies), le toucher rectal sera normal, ce qui n’élimine absolument pas une lésion plus haut située.
Les objectifs de la consultation
Objectif : savoir identifier les personnes à risque de cancer colo-rectal et savoir proposer une attitude de dépistage dans les groupes à risque moyen.
L’antécédent familial du patient (apparenté au second degré après 60 ans) ne peut pas être considéré comme un facteur de risque de cancer du colon qui ne doit être pris en considération que pour les collatéraux au premier degré.
Les autres facteurs de risque familiaux associés à un risque très élevé de cancers colo-rectaux sont :
- les très rares formes de polypose familiale
- les cancers du colon dans le cadre du syndrome HNPCC (ou Hereditary Non Polyposis Colonic Cancer) ou cancer colo-rectaux héréditaires sans polypose survenant sur le terrain familial suivant :
- survenue d’un cancer colorectal à moins de 50 ans ;
- au moins 2 générations successives ;
- un cancer associé chez 2 membres de la famille apparenté au premier degré (cancer de l’endométre, de l’intestin grêle, des voies uriaires).
Dans ces 2 situations, le dépistage repose sur la coloscopie en prenant au préalable un avis auprès d’un oncogénéticien qui discutera, avec le patient, des tests génétiques à réaliser.
Plusieurs études épidémiologiques anglo-saxonnes ont montré que l’obésité était un facteur de risque de cancer du côlon avec un risque relatif de 1,5 pour les sujets entre 30 et 54 ans et de 2,4 pour ceux ayant entre 55 et 77 ans, par rapport aux sujets ayant un IMC < 30 kg/m². Cette augmentation modeste du risque de cancer colique n’a pas encore débouché sur une politique de dépistage particulière.
L’attitude pratique
En l’absence de signe d’appel (présence de sang dans les selles ou de symptômes digestifs nouveaux) ou de risque familial élevé, et en dépit de l’obésité qui est un facteur de risque mais ne débouchant pas sur des recommandations précises actuellement, il est tout à fait défendable de ne faire aucun dépistage chez ce patient.
La recherche de sang dans les selles par le test Hemocult2 a été retenue par les pouvoirs publics pour mettre en place une campagne de dépistage, déjà en place dans une vingtaine de départements. Elle devrait se généraliser en 2008 à l’ensemble du territoire national. Mis en place selon une méthode qui a fait ses preuves dans plusieurs pays, dont la France (dépistage organisé dans le département de la Côte d’Or), avec notamment la lecture centralisée du test par un laboratoire de référence, cette pratique doit bien sur être privilégiée par rapport à une recherche isolée de sang dans les selles avec lecture dans un laboratoire de ville ou pire, au cabinet du médecin.
A la condition qu’au moins 50 % de la population ciblée participe à la campagne, plusieurs études ont montré que cette pratique permettait de diminuer la mortalité par cancer grâce au diagnostic de formes plus précoces. En effet, la fréquence des cancers stade 1 est d’environ 45 % chez les patients dépistés contre 15 % environ chez les patients symptomatiques.
Votre département venant juste d’intégrer la campagne de dépistage nationale du cancer colo-rectal, vous recommandez au patient de réaliser une recherche de sang dans les selles trois jours de suite.
Les conseils au malade
En se basant sur les recommandations actuelles, en dehors d’une campagne de dépistage organisée dans le département de résidence, et en l’absence de signe clinique d’alarme comme la présence de sang dans les selles ou de symptômes digestifs nouveaux (troubles du transit, douleur abdominale, anomalie à l’examen clinique), l’attitude de faire aucun dépistage est tout à fait défendable chez ce patient, à la condition de lui en expliquer les motifs (absence de standardisation des résultats de l’Hemocult2 dans un laboratoire de ville).
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