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Le délit de solidarité inquiète les médecins
[2/04/2009] |
| L’étau policier se resserre autour des citoyens apportant une aide aux sans-papiers. Pour les médecins, cette criminalisation n’est pas sans conséquence sur la santé de ces personnes.
« Je commence à me demander si je ne mets pas en danger de simples citoyens, en allant frapper à leur porte. » Si le Dr Mady Denantes, médecin généraliste à Paris se pose cette question, c’est parce que pour soigner des sans-papiers, elle s’appuie sur un réseau de professionnels mais aussi d’anonymes, de proches, de voisins… Cette inquiétude, palpable chez les soignants et les travailleurs sociaux, est montée d’un cran ces dernières semaines. Le ministère de l’Immigration a annoncé qu’il comptait interpeller, en 2009, quelque 5500 personnes ayant un jour aidé un sans-papiers. Le 8 avril, une dizaine d’associations comme Médecins du monde et le Comité médical pour les exilés (Comede), appellent donc à manifester devant les palais de justice de toutes les grandes villes. Ils s’insurgent contre cette pénalisation des simples citoyens, appelés les « aidants ». Ces derniers encourent en effet 5 ans de prison et 30 000 euros d’amende en conduisant par exemple un sans-papiers dans un centre de soins. « Alors, demain, votre médecin sera-t-il interpellé pour avoir pris en charge un sans-papiers malade ? », demandent les associations à l’origine de cette manifestation contre « le délit de solidarité ».
Une interpellation dans une CPAMCe climat ne date pas d’aujourd’hui. « Depuis environ un an, j’ai vraiment le sentiment que la situation des sans-papiers s’est dégradée. Par peur, certaines personnes ne viennent même plus se faire soigner et faire leur demande d’aide médicale d’état », a constaté le Dr Denantes. Dans le domaine sanitaire, plusieurs événements le prouvent. En 2008, le centre de soins de Médecins du monde a par exemple été déserté les jours où il y avait des policiers à la station de métro « Parmentier ». En début d’année, un sans-papiers venu se renseigner sur l’AME a été interpellé dans les locaux mêmes de la CPAM de l’Yonne. Autre signe inquiétant : un Ivoirien, drépanocytaire de 31 ans, risque de perdre la vue parce qu’il n’a pas pu recevoir les soins appropriés dans le centre de rétention administrative. Selon le Pr Gil Tchernia, responsable du centre parisien de dépistage de la drépanocytose, « c’est une première ». Interrogé par L’Express, il a déclaré : « Ce que je craignais a fini par se produire. Au lieu de soigner correctement des patients particulièrement fragiles, voilà qu’on les met en danger en les envoyant en centre de rétention, alors que l’angoisse majore le risque de crise. » En juin 2008, le Comede avait bien tenté de tirer la sonnette d’alarme en appelant les médecins à signer une pétition pour que le droit au séjour des malades étrangers soit appliqué. « Au cours des derniers mois, de nombreuses préfectures ont commencé à refuser d’instruire la demande lorsque le rapport médical n’émanait pas d’un confrère médecin agréé ou d’un praticien hospitalier », s’insurgeait le Comede. Leur voix n’a manifestement pas été entendue. Les députés socialistes vont présenter une proposition de loi visant à « dépénaliser toute aide au séjour ne faisant l’objet d’aucun commerce et dont l’objet est de préserver l’intégrité et la dignité de la personne humaine ». Seront-ils mieux entendus ? Cécile Coumau |
Questions au au Dr Mady Denantes, médecin généraliste à Paris
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