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Les hôpitaux de proximité font de la résistance

[23/05/2008]  |

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Menacé il y a un an, l’hôpital de Briey s’est donné les moyens de surmonter la crise et de répondre aux besoins de proximité. Une remise en cause que d’autres établissements n’envisagent pas. C’est sur le terrain politique ou juridique qu’ils portent le fer même si proximité ne rime pas toujours avec sécurité.

Depuis juillet dernier, 4 chirurgiens du CHR de Metz-Thionville viennent prêter main forte à l’hôpital de Briey (Meurthe-et-Moselle), situé à une quarantaine de kilomètres au nord de Metz. Ils viennent assurer la permanence des soins aux urgences et donner des consultations en orthopédie. Grâce à leur concours, des opérations de chirurgie très spécialisées (épaule, genou, hanche) sont aussi programmées dans les blocs de Briey (cf. Reportages). « Un véritable bénéfice pour les 96 000 habitants couverts par le centre hospitalier, témoigne le Dr Dominique Richter, médecin de ville, qui organisera en juin auprès de ses confrères libéraux une présentation de cette nouvelle offre de soins à Briey.
Pourtant, il y a un an, cet établissement était en difficulté : déficit budgétaire de 3,5 millions d’euros, crise managériale interne. Le service de chirurgie orthopédique était menacé de fermeture parce que l’un des deux praticiens est parti en retraite. « Nous cumulions les handicaps relevés par les différents rapports sur la démographie médicale hospitalière, sur l’organisation des plateaux chirurgicaux et sur la permanence des soins », résume Bernard Dupont, le directeur général adjoint de l’hôpital de Briey et du CHR Metz-Thionville. Le renouveau, encore fragile, est dû à un rapprochement avec le centre hospitalier régional. Une direction commune a été instaurée (cf. Voir), tout en préservant l’autonomie juridique de l’hôpital de Briey, et des coopérations médicales, sous la forme de fédérations interhospitalières, ont été créées en chirurgie orthopédique-traumatologique, en chirurgie digestive et viscérale. «Notre cas illustre qu’il est possible de répondre aux besoins de proximité d’urgence et de chirurgie programmée tout en maintenant le niveau de qualité des soins et la continuité territoriale, explique le Dr Jean-Marie Dollard, président de CME du CH de Briey. D’une certaine manière, nous avons anticipé ce que propose le sénateur Gérard Larcher avec ses communautés hospitalières de territoire ».

80 députés et sénateurs mobilisés

Mais si l’hôpital de Briey a su faire face aux dangers, la survie des hôpitaux de proximité ne se passe pas toujours sans heurts et blocages. Dans l’Hexagone, les manifestations se succèdent les unes aux autres pour protester contre les fermetures de services, comme à Carhaix ou à Clamecy dernièrement (cf. article précédent). Et depuis, le mois de mai, le mouvement a pris une ampleur nationale. Une mission parlementaire sur les hôpitaux de proximité a été mise en place. « Nous nous opposons aux restructurations anarchiques des établissements de santé, répète le député (PS) de la Nièvre, Christian Paul, qui préside cette mission parlementaire. La méthode Bachelot est une méthode bulldozer, et je crains que la réforme à venir sur l’hôpital public soit imposée par des ordonnances ». Suite à l’invitation de Christian Paul, une table ronde, a réuni des parlementaires de l’opposition et de la majorité, le 20 mai dernier, où des militants des comités de défense des hôpitaux ont pu s’exprimer (cf. Ecouter). « Est-ce que vous savez que sept départements n’ont plus qu’une seule maternité ?” a souligné Michel Antony, le président de la coordination nationale qui regroupe 160 comités de défense d’hôpital. S’il récuse une « pensée unique hospitalière » de « l’hyperconcentration des moyens », Michel Antony ne plaide pas pour autant pour le statu quo. Il met en exergue les efforts déployés dans les mobilisations locales, afin de préserver des structures, dans un contexte de pénurie de praticiens. Dans le Haut-Nivernais et à Valréas (Vaucluse), par exemple, la mise en place de réseaux sur la natalité associant équipes de la maternité, PMI, médecins généralistes libéraux a permis de sécuriser des établissements. « Il est temps de faire une évaluation de ce qui a été fait, a déclaré Michel Antony, qui réclame un moratoire sur les fermetures de services. « Madame Bachelot dit qu’elle ne ferme pas les hôpitaux, explique Michel Antony, mais c’est un mensonge car la fermeture d’un service essentiel, comme la chirurgie ou la maternité, met en danger l’établissement tout entier. » Quatre-vingt députés et sénateurs ont été convaincus et l’ont exprimé dans une lettre adressée à la ministre de la Santé.
La résistance ne prend pas seulement une forme politique, mais aussi juridique. Le tribunal administratif de Pau (Pyrénées-Atlantiques) a autorisé récemment le centre hospitalier de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) à réouvrir la maternité. Alors qu’elle était condamnée par l’Agence régionale de Midi-Pyrénées en novembre 2007, car « l’établissement ne garantit pas la sécurité et la continuité des soins aux nouveaux-nés et aux parturientes puisqu’il ne satisfait pas aux conditions techniques de fonctionnement prévues par la loi ». Mais pour le tribunal administratif, c’est l’exception géographique qui a prévalu, également pour des raisons de sécurité sanitaire : les femmes doivent pouvoir accoucher, pour des grossesses sans risque, dans un établissement accessible à moins de 45 minutes.
Pour autant, le problème de la qualité des soins reste entier. Près de la moitié des hôpitaux publics ou privés disposant d’un bloc de chirurgie présentent des critères de “vulnérabilité” en terme de qualité, selon la Fédération hospitalière de France (FHF). En cause : une activité insuffisante - source de risques médicaux et de déficits - le vieillissement des équipes médicales. En 2006, le rapport du Pr Guy Vallancien, chef du département d’urologie et de néphrologie à l’Institut mutualiste Montsouris (Paris), avait déjà préconisé des fermetures de blocs opératoires.
Sans oublier les problèmes financiers qui secouent une majorité d’établissements publics, et pas seulement les plus petits : les Hospices civils de Lyon affichent pour 2007 une trentaine de millions d’euros de déficit, et cela après un renflouement de la dette par la dotation de l’ARH.

Mathias Germain




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