L'INFO DE LA SEMAINE > Exercice professionnel

Des aides financières pour les maisons de santé

[1/05/2008]  |

Imprimer cet article Envoyer cet article

Rompre avec l’exercice isolé, combattre les inégalités d’accès aux
soins dans les zones difficiles, les maisons de santé séduisent les
médecins et intéressent les pouvoirs publics. Des aides financières vont encourager
ces regroupements de professionnels de santé.

« Au départ, mon souhait était d’exercer à plusieurs, témoigne sans ambages le Dr Fabien Quédeville, installé depuis cinq ans à Chilly-Mazarin (Essonne). Mais je n’ai pas trouvé les moyens de monter une structure pluridisciplinaire ». Le président du syndicat des jeunes médecins généralistes n’est pas le seul à partager ce souhait. Les maisons de santé pluridisciplinaires sont dans l’air du temps. L’automne dernier déjà, le mouvement des internes et des externes revendiquait ce mode d’exercice libéral, afin de développer l’offre de soins dans les zones médicalement sous-dotées et afin de leur permettre d’exercer avec différents professionnels de santé. Les récents Etats généraux de la santé ont fait apparaître un consensus sur le sujet. Et député André Flajolet, auteur d’un rapport sur « les disparités territoriales des politiques de prévention sanitaire», recommande la mise en ½uvre de regroupements et de réseaux entre les professionnels, avec le concours des élus locaux. « La plupart des médecins estiment que le comportement individuel de l’acte de soins est aujourd’hui un peu obsolète, inadaptée par rapport à leurs attentes professionnelles, dépassé dans la couverture territoriale, explique le député UMP du Nord - Pas-de-Calais.

50 000 euros par projet

Les maisons de santé apparaissent comme une des pistes pour la réoganisation de l’offre de soins et la ministre de la Santé a confirmé leur développement. « Le Gouvernement veut accompagner et faciliter de tels regroupements, a annoncé Roselyne Bachelot. J’ai déjà annoncé le financement de cent projets pour 2008. Cet effort sera poursuivi et amplifié. Ces regroupements constituent, en effet, le substrat nécessaire à une nouvelle organisation du travail. » Pour 2008, le gouvernement est prêt à aider financièrement l’élaboration de maisons de santé pluridisciplinaires à hauteur de 50 000 euros par projet. Pour prétendre à ces fonds, un cahier des charges est en cours d’élaboration. « Le dossier est en cours de validation au cabinet de la ministre, témoigne la direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins (DHOS). Ce sont les missions régionales de santé qui détecteront les projets. »
Mais quel type de regroupement veut favoriser le ministère ? Combien de professionnels ? Quel type de projet médical ? Ces maisons de santé auront-elles une limite territoriale ? Auront-elles l’obligation d’accueillir des internes ou des externes en stage de médecine générale ? D’innover de nouvelles coopérations entre professionnels ? Autant de questions qui ne sont pas encore tranchées. « Le problème est que les structures existantes sont disparates, explique-t-on à la DHOS, leurs contours sont très variés : cela va du simple cabinet libéral de groupe à des structures très développées. Nous cherchons le plus petit dénominateur commun. »
Aujourd’hui, en dépit d’une définition précise, le ministère recense une centaine de maisons de santé pluridisciplinaires en France. Si beaucoup sont nées dans le courant des années 2000, les pionnières ont plusieurs décennies, comme la maison médicale de Vicherey, dans les Vosges, créée à l’initiative d’un médecin généraliste fatigué de l’exercice en solo. Une motivation qui est à l’origine de nombreux projets. Le Dr Jean-Michel Mazue, installé à Blettrans (Jura), exerce en groupe depuis 17 ans. Et en 2001, il a rebâti une maison pluridisciplinaire particulièrement innovante. La « Maison médicale multidisciplinaire des Bords de Seille » est sur le plan juridique une société civile de moyen, et a bénéficié d’une subvention de 25 000 euros du Fonds d’aide à la qualité des soins de ville (FAQSV). Elle compte 22 professionnels de santé, assure les soins non programmés de 8 heures à 20 heures, 7 jours sur 7. Et elle comprend deux salles d’urgence où les praticiens peuvent faire de la petit chirurgie. « C’est une véritable PME de 30 personnes, expliquait le Dr Mazue lors d’une présentation à la Haute autorité de santé. Sur notre site, près de 500 personnes passent chaque jour en semaine, et une centaine les week-end. Notre maison est en coordination avec les urgences du centre hospitalier de Lons le Saunier. » Ici, les dossiers patients sont communs et complètement informatisés, l’organisation permet de développer des pratiques avancées : une des infirmières a pu se former à l’éducation thérapeutique et fait des consultations auprès des patients.

Des jeunes séduits par ce mode d’exercice

Sans oublier que Jean-Michel Mazue est enseignant et maître de stage pour les externes et les internes. Un choix partagé par le Dr Pierre de Haas, qui a monté avec trois autres confrères une maison pluridisciplinaire en 2006 à Pont d’Ain (Ain). « Cela nous apporte énormément, témoigne le Dr de Haas, d’un point de vue presque idéologique puisque le fait de passer ce qu’on sait faire à quelqu’un d’autre, c’est une nécessité vitale pour tout professionnel. La possibilité d’ouvrir les yeux de jeunes en formation hospitalière sur un métier que nous aimons beaucoup, leur montrer tous les avantages qu’ils pourront en tirer plus tard, est pour nous quelque chose de très satisfaisant et valorisant, explique-t-il. « Ils sont trois maîtres de stage présents sur le site, et l’organisation de la maison de soins nous permet de tourner et de profiter de leurs expériences, raconte Bertrand Glize, étudiant en cinquième année de médecine à Lyon. La maison de Pont d’Ain est au centre d’un bassin de vie qui regroupe cinq communes. Les quatre médecins couvrent une population de huit mille habitants. « Ce qui fait un ratio démographique faible, un des plus faible de France probablement, précise le Dr de Haas, mais au prix d’une organisation des soins, certes coûteuse (1 600 000 euros financés sans aucun fonds publics), mais efficiente, nous travaillons dans des conditions très satisfaisantes. » Chaque mois, les quatre médecins organisent entre eux un colloque médical. Une autre réunion mensuelle a lieu entre les médecins et les deux infirmières. Et tous les deux mois, les généralistes retrouvent les travailleurs sociaux du centre social du Conseil général qui est intégré dans le bâtiment. « Sans compter les réunions informelles autour de la cafetière », ajoute le Dr de Haas. Ainsi, tout est fait pour éviter le cloisonnement. Et la structure leur permet de recevoir et de transmettre leur savoir et leurs pratiques dans de bonnes conditions. De quoi trouver d’éventuels remplaçants et assurer l’avenir. Aujourd’hui aucun des quatre médecins n’envisage de dévisser sa plaque. « Les maisons de santé sont sorties de l’expérimentation, déclarait en décembre le Dr Michel Serin, initiateur de la Maison de santé de Saint-Armand-en-Puisaye (Nièvre), et président de la jeune fédération française des maisons de soins et de santé. Il faut que nos structures soient normalisées et pérennisées. » Le ministère semble lui donner raison.

Mathias Germain





Imprimer cet article Envoyer cet article Sujets precedents

Commenter :

Vous avez aimé cet article : abonnez-vous au flux RSS

ARCHIVES


L'INFO DE LA SEMAINE


L'INVITE


A SUIVRE


KIOSQUE INTERNATIONAL


FLASH INFO