L'INFO DE LA SEMAINE > Tarifs, formation continue
L’assurance maladie veut lancer le «guide médecins»
[21/03/2008] |
Dans les prochains mois, la CNAM compte mettre en ligne sur son site
des informations sur les médecins, comme, par exemple, les tarifs moyens
pratiqués. Des sites privés, eux, apprécient et
notent « les prestations » des praticiens.

« C’est déconcertant de voir son nom associé à des étoiles comme un restaurant dans guide gastronomique, ironise le Dr Hervé Cusseau, généraliste dans une commune rurale de Seine Maritime, qui a découvert qu’il faisait partie des 100 praticiens les mieux notés du site Internet Demedica.com. Cela fait 25 ans que je travaille à la campagne, et je doute que cette appréciation influe sur la population locale… Sur le principe, je ne suis pas contre. Mais les critères retenus par le site ne me paraissent pas très sérieux. Juger de ma « ponctualité », de « l’accueil » pourquoi pas ? Mais du « dialogue » et de la « satisfaction » qu’est-ce cela signifie ? s’interroge-t-il. La démarche surprend et fait d’autant plus grincer des dents que les professionnels ne sont pas informés. Mais au-delà de l’anecdote, verra-ton un jour la publication d’un guide des professionnels libéraux à l’usage des patients, un répertoire dans lequel serait compilé les tarifs pratiqués, les diplômes et cursus professionnels, les horaires d’ouverture et les appréciations des usagers… Ce type de guide n’est peut-être pas une lubie. Deux démarches différentes en France pourraient aboutir à cela, celle de l’Assurance maladie et celle d’initiatives privées.
Des informations sur la formation des médecins
La Caisse nationale d’assurance maladie a créé, en 2007, « Info soins » un service téléphonique pour les assurés. « Ce service leur permet de connaître les coordonnées des professionnels de santé libéraux proches de chez eux et de savoir s’ils prennent ou non la carte Vitale, explique Agnès Denis, directrice de la communication à la CNAM (cf. à écouter). Notre service leur donne également le niveau moyen des tarifs des consultations pratiqués par ces praticiens et leur niveau de remboursement. » Plus 120 000 professionnels sont à présent répertoriés avec leur accord préalable. Pour cette année, la CNAM enrichira « Info soins » avec les tarifs des principaux actes techniques et ceux des actes dentaires les plus fréquents. Ce service sera, avec l’accord de la Cnil, sur le portail Internet Ameli.fr avant fin 2008. De l’aveu de la CNAM, « Info soins » est pour le moment peu connu des assurés. Mais cela devrait changer car il bénéficiera prochainement d’une campagne de promotion. Et la CNAM n’exclue pas à l’avenir de fournir, en accord avec les professionnels concernés, et en lien avec les ordres professionnels et la Haute Autorité de santé des informations sur la formation médicale continue (FMC) et l’évaluation des pratiques professionnelles (EPP). « Nous sommes favorables à la transparence, affirme Michel Chassang, le président de la CSMF. Nous n’avons pas d’état d’âme, il faut afficher la qualité des soins.» Même son de cloche du côté de MG France : « Avec la multiplication des tarifs, la multiplication des situations, le patient ne sait jamais combien cela va lui coûter lorsqu’il va chez le médecin, ni comment il sera remboursé, commente le Dr Martial Olivier-Koehret, président du syndicat de généralistes. Cependant, cela fait longtemps que la CNAM en parle et qu’elle ne fait rien ». Pour lui, cette opacité suscite légitimement une impatience des patients, d’autant plus qu’ils voient leur contribution augmenter avec les franchises médicales ou la participation forfaitaire.
C’est sur cette opacité que surfe, avec opportunisme, deux sites récents lancées sur Internet. Ces initiatives privées s’inspirent de modèles américains, comme mydochub.com qui, non seulement propose aux internautes d’évaluer leur médecins, mais affiche une liste de praticiens condamnés par la justice ! Le plus étonnant est que ces condamnations ne sont pas souvent en rapport avec l’exercice de la médecine.
Demedica.com et Note2bib.com, les deux sites lancés en mars pour les Français, n’en sont pas encore là… Ils proposent aux internautes français de noter leur médecin, ou leur dentiste. Le site Demedica.com, lancé par une société installée sur l’île Maurice, affiche un répertoire de plus de 300 000 professionnels. Le site Note2bib.com, créé par Jean-Claude Fargialla, en affiche 60 000 et prétend avoir dix milliers de connections par jour. Jean-Claude Fargialla, dont la société développe des sites de rencontres, n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il a lancé un site de notation des enseignants (Note2be.com). Une expérience qui a tournée court puisque le site a été fermé par le juge des référés du Tribunal de grande instance de Paris. Et la Cnil a considéré que ce site est « illégitime au regard de la protection des données personnelles ».
Une attitude consumériste pas si fréquente
Le site de notation des médecins connaîtra-t-il le même sort ? Pour la CSMF, cela ne fait aucun doute : « Nous touchons le summum du consumérisme médical avec « note2bib.com », explique son président. Ce site se propose de recueillir les évaluations en ligne et de livrer les précieux commentaires des patients en pâture sur la toile.
Les critères retenus sont de plus très subjectifs et en total désaccord avec la réalité de la profession de médecin. » Le syndicat s’insurge contre ce type de procédé « inspiré directement de la téléréalité », et renvoie au fait que les médecins libéraux et la qualité de leur exercice sont soumis à des obligations d’évaluation et de formation continue que très peu de professions connaissent en France. « D’autre part, la relation du médecin avec son patient relève du colloque singulier et ne peut donc être, par définition, partagé publiquement, rappelle Michel Chassang. Et seul le Conseil de l’Ordre des médecins est habilité à arbitrer les éventuels conflits pouvant survenir entre les patients et leurs médecins. » Même circonspection affichée par MG France : « Il est nécessaire de prendre avec beaucoup de prudence les éléments déclaratifs au sujet des praticiens, explique le Dr Olivier-Koehret. Si mon objectif est d’être bien noté par mon patient, je n’ai qu’à lui donner ce qu’il veut : des examens complémentaires, des arrêts de travail… Mais si je fais mon travail que je mène des investigations sérieuses et que je diagnostique, par exemple, un problème d’alcoolisme, est-ce que le patient sera satisfait ? » Pour le Dr Jean-Marc Foult, qui recueille depuis plusieurs années les remarques anonymes des patients qui passent par son service de médecine nucléaire à l’hôpital Franco-américain de Neuilly (92), la réaction est plus nuancée. « Il est toujours utile de recueillir les appréciations du patient, même celles qui sont parfois un peu délirantes, estime-t-il. Nous avons besoin de l’évaluation de nos pairs pour progresser, mais aussi de celle de nos patients même si leurs critères sont bien différents. »
L’apparition de ces sites participatifs, et iconoclastes, n’ont pas fini de susciter des réactions. Mais augurent-ils de la fin du traditionnel bouche-à-oreille qui permet au praticien de se constituer une patientèle ? « Cette attitude consumériste, de comparer les médecins entre eux, n’est pas si fréquente en France, juge Martine Bungener, sociologue et directrice du CERMES. Ce sont certains groupes sociaux restreints, comme les jeunes urbains diplômés, qui le font. Mais dans l’ensemble, la relation entre un patient et son médecin est assez classique en France. L’affectif a son importance, et une fois que le praticien est choisi, les Français ne changent pas si facilement, rassure la sociologue qui suit le travail des médecins généralistes depuis plusieurs années.
Mathias Germain
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