L'INFO DE LA SEMAINE > Portrait de la médecine générale
Un médecin sur deux souhaite réduire son activité
[30/11/2007] |
« Travailler plus pour gagner plus », la formule ne s’applique pas aux
généralistes qui battent des records de temps de travail hebdomadaire.
S’ils dénoncent cette surcharge d’activité, deux médecins sur trois se
déclarent satisfaits de leur activité professionnelle.
En cette veille des Etats généraux de l’offre de santé, une étude du ministère de la Santé apporte des éléments susceptibles d’alimenter les discussions… D’après l’étude, la durée de travail hebdomadaire des généralistes, gardes et astreintes comprises, tend en 2007 vers les soixante heures. Et surtout un praticien sur deux souhaite réduire sa durée de travail de 20%.
Cette étude est publiée par la Direction de la recherche des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Elle se fonde sur un panel, établi avec le concours des Unions régionales de médecins libéraux (Urml) et les Observatoires régionaux de la santé (ORS), qui comprend des généralistes libéraux exerçant en Provence Alpes Côtes d’Azur, Bretagne, Bourgogne, Basse-Normandie, Pays de la Loire. Ces cinq régions ont été choisies pour leurs caractéristiques différentes comme la densité médicale, le degré d’urbanisation, la part de la population âgée…
Sur les 4592 médecins contactés, 1901 d’entre eux ont pris le temps de répondre au printemps 2007 à 49 questions portant sur l’environnement professionnel et familial, les pratiques et les prescriptions, les conditions de travail et la rémunération. Et la grande majorité d’entre eux font partie du secteur conventionné.
Pratiquer autrement
Le problème de la durée du travail n’est pas une surprise. L’UNAPL avait trouvé les mêmes résultats en 2006. Ce qui est plus prégnant, c’est la volonté d’une grande partie des médecins généralistes de le réduire. Selon les régions, ils souhaitent une réduction entre 12 et 14 heures par semaine. « Il est légitime que les médecins aspirent à mieux concilier leur parcours professionnel à leur vie familiale et personnelle », approuve le Dr Michel Chassang, président de la Confédération des syndicats de médecins français (CSMF). « La charge de travail est une des raisons qui fait fuir les jeunes médecins à s’installer en libéral, explique le Dr Fabien Quédeville, président du Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG). Cet allongement de la durée du travail est aussi un effet pervers d’une rémunération uniquement fondée sur le paiement à l’acte. Le médecin travaille beaucoup pour créer sa patientèle et pour faire face aux frais de son installation. Après, il est pris dans un engrenage et il faut répondre aux demandes des patients. Je crois qu’il est vraiment urgent de trouver de nouveaux modes de rémunération, notamment pour les actes chroniques. » Une solution que relativise le Dr Chassang. « Nous ne sommes pas contre une diversification des modes de rémunération. Mais attention, il ne faut pas croire que le paiement forfaitaire est un eldorado et qu’il permettra de réduire le temps de travail. Il faut trouver les moyens de travailler autrement, donner les moyens aux généralistes de se regrouper. »
Le travail en cabinet de groupe fait gagner du temps : entre deux et quatre heures, selon les médecins interrogés. Pour quatre des cinq régions étudiées, ce type d’installation est privilégié par un médecins sur deux. Elle est surtout plus fréquente chez les médecins de moins de 45 ans. « C’est vraiment le mode d’exercice de demain, souligne le Dr Quédeville. Mais il ne faut pas créer des maisons médicales sans un travail en amont. On voit certaines communes se lancer dans la construction de maisons pluridisciplinaires mais qui restent vides, faute de praticiens. Les médecins sont comme tout le monde, ils ont besoin d’un bassin de vie, d’un bassin d’activités pour venir s’installer. Si toutes les infrastructures qui donnent de la vie à un territoire, ne sont pas développées en amont, il paraît difficile de demander de venir s’installer et de rester. »
L’installation du généraliste est un moment crucial. L’étude montre qu’une majorité de médecins s’installent à proximité du lieu d’études ou des attaches familiales. Ensuite, ils bougent très peu. Le nombre moyen d’installation est de 1,3 par médecin. Et une minorité, entre 16 et 25% des médecins ont déclaré avoir recherché un endroit où l’offre de soins était insuffisante.
Une fois installés, développent-ils des activités en dehors du cabinet ? Cela varie en fonction de régions. Entre 14% et 28% des médecins déclarent des activités à l’hôpital. Et entre 38% et 52% suivent des personnes âgées en institution.
Autre résultat, les médecins se montrent assez réservés sur les réformes récentes, notamment la réforme de l’assurance maladie de 2004. Une minorité, entre 30 et 40%, estiment que le dispositif du médecin traitant a vraiment modifié les pratiques. Pour le Dr Quédeville, le dispositif a été pénalisant. « Comment un jeune médecin peut-il s’installer à un endroit si les patients ont déjà choisi leur médecin traitant. Il y a trois ans un moratoire avait été prévu avec l’assurance maladie, mais il n’a jamais été appliqué. »
En dépit de cette surcharge de travail, de l’alourdissement des contraintes administratives, deux généralistes sur trois se déclarent satisfaits de son activité professionnelle. Une note optimiste dans le concert des réclamations du moment.
Mathias Germain
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