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Les établissements hospitaliers ont une place à part

[2/11/2007]  |

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Producteurs de soins, mais aussi de déchets toxiques, consommateurs d’énergie et d’eau, les établissements de santé ont une place à part en matière de pollution. Ils devraient être exemplaires… Des directeurs et des soignants tirent la sonnette d’alarme et s’organisent localement pour accroître la sécurité des personnels, des usagers et de l’environnement.

La mobilisation générale en faveur de l’écologie a été claironné par le gouvernement. Une loi est promise pour le début de l’année 2008. Dans cette promotion pour le développement durable, quelle place a été donnée aux établissements de santé ? Les spécificités de ce secteur ont-elles été prises en compte ? Pas sûr.
Comme n’importe quel bâtiment, les hôpitaux et les cliniques polluent. Une majorité du parc hospitalier a été construite dans les années soixante et soixante-dix avec des matériaux - sans parler de l’amiante- dont on n’a pas toujours mesuré la nocivité… Comme les peintures, les colles ou les revêtements qui contiennent des composés organiques volatiles nocifs tels que le benzène ou les formaldéhydes. Et comme n’importe quelle entreprise, les hôpitaux et les cliniques consomment de l’énergie, du gaz, de l’électricité, du fuel…

Mais leurs activités de soins leur donnent des spécificités. Les établissements de santé se caractérisent notamment comme de grands utilisateurs de produits dangereux pour les personnels, les usagers et l’environnement. Pour la désinfection des surfaces et des instruments médico-chirurgicaux, les produits les plus utilisés sont des dérivés chlorés, et des produits contenant des aldéhydes, comme le glutaraldéhyde qui est une molécule toxique pour l’homme et l’environnement. La soude est aussi utilisée notamment pour neutraliser les prions de la maladie de Creutzfeldt-Jakob.


« Les dangers se cachent aussi dans les dispositifs médicaux. Les poches de sérum, les cathéters ou les tubulures en PVC, contiennent des phtalates, interdits depuis 1997 dans les articles de puéricultures. Ce sont des composés chimiques reprotoxiques et cancérigènes », affirme Olivier Toma, directeur dune clinique à Béziers, qui demande leur interdiction. « C’est surprenant, résume-t-il, d’être des professionnels de santé investis d’une relation pédagogique avec les patients et d’utiliser des produits fabriqués à base d’éléments toxiques ».
Autre spécificité, les établissements sont de grands consommateurs d’eau. En 2002, l’Office international de l’eau estimait leur consommation moyenne entre 400 et 1200 litres par personne et par jour… Alors qu’en milieu domestique, elle se situe entre 150 et 200 litres. Ce sont aussi des gros producteurs de déchets. A titre d’exemple, le CHU de Limoges en traite chaque année 1600 tonnes. Les services de soins rejettent, non seulement, les déchets d’activité de soins (DASRI) mais aussi des produits désinfectants et antiseptiques, des métaux lourds (mercure, argent), des germes pathogènes issus des personnes malades qui ont développé une résistance aux antibiotiques, sans oublier les rejets médicamenteux émis après métabolisation par les patients.
L’hôpital Necker-Enfants malades à Paris (AP-HP) s’est penché depuis la fin des années 90 sur sa production de déchets toxiques. En 2002, l’hôpital calculait sa production à 14,6 kg par lit contre 55,8 kg/lit dans d’autres établissements de l’AP-HP de même famille d’activité.
Face à ces risques pour les patients, les personnels, et pour l’environnement, des règles ont été édictées en 1975 sur la gestion des déchets d’activité de soins à risque infectieux (DASRI), à risque radioactif, à risque chimique et toxique et pour le traitement des effluents liquides.
Cependant, la tâche n’est pas aisée pour les établissements. « La multiplicité des domaines réglementaires concernant les agents chimiques dangereux (dont les déchets) a pour conséquence une abondance de textes, la plupart non spécifiques aux établissements de santé », soulignait en 2005 Philippe Parvy, chargé de mission “risques chimiques” à l’hôpital Necker (AP-HP). « Contrairement aux déchets industriels, les déchets hospitaliers solides, liquides ou gazeux sont d’une grande complexité, voire de composition exacte inconnue car résultant de multiples mélanges ». Sans compter que les pratiques de soins et l’identification des risques toxiques et environnementaux évoluent sans cesse.

Des initiatives locales

Pour faire face aux nouveaux défis et pour respecter au mieux l’environnement, les acteurs de santé se retroussent les manches. D’autant plus qu’ils ont conscience d’être en contradiction avec le sens premier de leur travail. « Avant de soigner, commence par ne pas nuire », rappelle le serment d’Hippocrate.
A la fin des années 90, la clinique Champeau-Méditerranée de Béziers s’est lancée dans une véritable politique de développement durable : construction d’un bâtiment écologique ouvert en 2004, tri et recyclage des déchets (19 filières de tri mises en place), politique d’achat qui vise à promouvoir les produits respectueux de l’environnement, management environnemental… « C’est un moyen formidable de redonner du sens à nos activités. Cela implique non seulement les acteurs du système mais également les usagers », explique Olivier Toma, le directeur. Ainsi, pendant leur séjour à la maternité, les mamans trient les biberons jetables en verre. « Ce petit geste permet de recycler une tonne de verre, pour une maternité qui fait 1500 accouchements par an. » Afin d’échanger et de mutualiser les moyens d’action pour le respect de l’environnement, Olivier Toma a créé en 2006 une association pour le développement durable en santé (voir encadré).
D’autres établissements s’attaquent à la question par étape. Tout récemment, le CHU de Limoges a investi dans un nouveau système de chauffage pour son bâtiment principal. Une chaufferie au bois (biomasse) sera construite à la fin de l’année. Elle remplacera une partie du système qui fonctionne au gaz et au fuel. Elle devrait fournir près de 66% à la fin de l’année 2008. Un système à la fois économique et écologique.
Autre exemple, la clinique Sarrus Teinturiers à Toulouse a travaillé sur sa consommation d’eau. Lors de la révision du système de stérilisation il y a trois ans, elle a modifié le fonctionnement des autoclaves. « Pour fabriquer un litre d’eau stérile, il en faut deux, explique le directeur Gérard Reysseguier. Plutôt que jeter le litre non stérilisé, on le réinjecte dans le système ».

Pas d’outils spécifiques

Les acteurs de terrain trouvent des solutions au cas par cas. Mais ils manquent d’outils spécifiques pour s’engager véritablement dans la démarche de développement durable. Des méthodologies ou des certifications existent. Une poignée d’établissements les ont utilisées, mais aucune n’est propre aux activités des établissements de santé. Et pour le moment, la certification de la Haute autorité de santé (HAS) ne comprend pas de volet sur le développement durable.
Le plan d’investissement « Hôpital 2012 » lancé en février 2007 s’inscrit, lui, dans une autre logique. Une circulaire de la Direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins, datée du 15 juin 2007, stipule clairement aux établissements qui souhaitent obtenir des subventions d’investissements, qu’ils doivent s’engager dans une démarche de développement durable. Un cahier des charges est en cours de rédaction et un référentiel “haute qualité environnementale” (HQE) spécifique aux établissements de santé devrait être formalisé pour la fin de l’année 2007.
Mais est-ce suffisant pour que les 3000 établissements de santé, qui emploient en France près 1,2 million de professionnels et voient passer 10 millions d’usagers en hospitalisation par an, soient de véritables moteurs du développement durable ? En septembre 2005, la Fédération internationale des hôpitaux soulignait : « L’hôpital a, par sa vocation, ses missions et ses activités, une plus grande responsabilité et un devoir d’exemplarité dans la mise en place d’une stratégie de développement durable ». Pour le moment, la question reste ouverte et le chantier aussi.
Mathias Germain




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