L'INFO DE LA SEMAINE > Politique de santé
Les jeunes médecins ne veulent pas être victimes de la rupture
[12/10/2007] |
Plusieurs milliers d’internes ont manifesté le 11 octobre dans toute la France pour s’opposer au projet du gouvernement de réguler par la contrainte la démographie médicale. Avec ce combat pour la liberté d’installation, les jeunes médecins veulent peser sur les décisions du gouvernement et ne pas les subir.

« J’ai eu beaucoup de mal de trouver un médecin au plan national », confie Jean-Pierre Gaboriau. Médecin généraliste à Châteauneuf-en-Thymerais (Eure-et-Loir), bien occupé par ses fonctions d’élus, maire et conseiller général - sans oublier la retraite qui approche - il s’est mis en quête d’un collaborateur au début des années 2000. Après plusieurs années de recherche et de prises de contact, il a fini par le trouver… en Belgique ! Son nouvel associé se nomme Geert Van de Velde. Il a quitté son cabinet de médecin généraliste à Ostende pour venir s’installer dans la campagne française. Une anecdote ? Pas vraiment. Cette histoire illustre un paradoxe bien français autour du thème de l’installation des médecins et de leur répartition sur le territoire. Une question de plus en plus prégnante qui a mis plusieurs milliers d’étudiants et d’internes dans la rue le 11 octobre dernier. Dans toute la France, ils ont scandé leur mécontentement sous les fenêtres du ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports. Pas question d’accepter le projet du gouvernement de réguler l’installation des futurs médecins par la contrainte. Le mouvement a débuté le 27 septembre dernier et fait l’union de l’ensemble des syndicats médicaux. Et les internes sont prêts à durcir le mouvement. Un appel à la grève illimitée à partir 15 octobre a été lancé.
Des incitations non évaluées
« En tant qu’élu, nous sommes de plus en plus interpellés par nos concitoyens sur cette question de l’offre de soins », témoigne le Dr Laurent El Ghozi, maire adjoint (PS) de Nanterre et président de l’association « Elus, santé publique et territoires » (32 villes adhérentes) qui organise son deuxième colloque le 25 octobre prochain à Reims.
Face à ces déséquilibres, des dispositifs d’incitation ont été mis en place. Certains ont été négociés avec l’Assurance maladie, comme l’avenant n° 20 à la convention de 2005, ou les contrats de bonnes pratiques qui prévoient des majorations forfaitaires en montagne, ou des aides au remplacement en zone rurale.
Des exonérations fiscales ou des bourses pour les étudiants ont été également instaurées par les collectivités locales. Aucune évaluation sérieuse de ces dispositifs n’a été faite, souligne en substance la Cour des comptes Du coup, le gouvernement perd patience. Michel Régéreau, président de l’UNCAM, ou Philippe Séguin, premier président de la Cour des comptes, poussent le gouvernement et l’Assurance maladie à utiliser la manière forte par des mesures coercitives.
Les étudiants et les jeunes médecins refusent les propositions de conventionnement sélectif contenues dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2008. « Nous demandons le retrait pur et simple de ces mesures contre-productives. Seuls des Etats généraux de la Santé pourront définir les solutions à apporter collectivement au défi de la démographie médicale, sans léser nos patients en créant une médecine à 2 vitesses », déclarent les syndicats organisateurs (2).
Un Ségur de la santé
Pour autant, les étudiants sont-ils opposés à toute idée de réforme ? Pour Anne-Chantal Hardy, sociologue, « Modifier les règles du jeu à la fin d’études très contraignantes, très sélectives, n’est pas très adroit. Une mesure coercitive leur apparaît comme un supplément de contrainte. » En clair, les jeunes médecins ne refusent pas le changement à condition qu’i ne soit pas imposé. La sociologue note ainsi une évolution des mentalités des jeunes générations à propos des pratiques et de l’installation. Une vision corroborée par une enquête du Conseil national de l’Ordre des médecins publiée en juin dernier. D’après l’étude, les jeunes ne sont pas particulièrement attachés au paiement à l’acte comme seul type de rémunération. « Ils sont assez ouverts à l’idée de modes de rémunération complémentaires tels que les forfaits, qui pourraient mieux couvrir différents rôles du médecin (notamment de prévention, mais aussi de coordination ou de travail en réseau, ou encore d’encadrement et de formation des étudiants). Mais la diversification des modes de rémunération doit s’accompagner d’une diversification des modes d’exercice, afin de permettre une meilleure flexibilité qui semble manquer à certains aspects de la profession », expliquent les coauteurs du rapport. D’après eux, les maisons médicales pluridisciplinaires ou « maisons de santé » semblent offrir une bonne réponse à cette crise de l’installation. « Les jeunes praticiens plébiscitent en effet un exercice plus collectif et pluri-professionnel de la médecine », confirme Yann Bourgueil de l’IRDES, dans une étude publiée en août dernier (4). Alors, les étudiants sont-ils opposés toute idée de réforme ? Voilà de quoi “clouer le bec” à ceux qui dénoncent le combat d’arrière-garde mené par les jeunes pour la liberté d’installation. Les manifestants souhaitent participer à un « Ségur de la santé » qui mettrait sur la table l’ensemble des questions relatives à l’offre et à l’accès aux soins. Les jeunes ne veulent pas être les victimes d’une réforme précipitée.
Mathias Germain
(1) URCAM, CNAM, MSA, CANAM
(2) l’ANEMF, l’ISNIH, l’ISNAR-IMG, le SNJMG et l’ISNCCA.
(3) Coauteur de l’étude publiée en 2006 par la Drees « Le choix d’une vie, étude sociologique des choix des étudiants de médecine à l’issue des épreuves classantes nationales 2005 ».
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