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La MSA invente les « Pays de santé »

[6/02/2009]  |

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Pour les inciter à rester en zone rurale, des médecins de Dordogne et des Ardennes vont pouvoir sous-traiter une partie de leurs tâches à faible valeur ajoutée. La méthode laisse sceptique.



« Du temps, c’est ce qui nous manque le plus ». Ce cri du cœur, le Dr Laurent Moreau, médecin généraliste, l’a entendu maintes et maintes fois. Pour une raison simple, il fait partie du groupe de généralistes sur lequel s’appuient la Mutualité sociale agricole et Groupama pour élaborer leur nouveau remède anti-désert médical, “Pays de santé”. Ces deux institutions ont entendu ces plaintes et ont décidé d’y répondre. Pour offrir cette denrée rare qu’est le temps, elles vont développer une palette de services pour les médecins ruraux. L’idée est simple, explique Norbert Bontemps, le directeur santé individuelle de Groupama : « Nous voulons libérer du temps pour ces médecins qui sont confrontés à une activité croissante et à une surcharge de tâches administratives. » Pour réussir ce tour de force, l’assureur et le mutualiste vont proposer à ces médecins débordés de sous-traiter certaines de leurs activités. « Nous savons déjà qu’ils seraient preneurs d’un coup de main pour trouver un remplaçant, déclare Pierre-Jean Lancry, directeur de la santé à la Caisse centrale de la MSA. Trouver un rendez-vous chez un ophtalmologiste pour un patient diabétique, c’est aussi la croix et la bannière ! » Ces tâches à faible valeur médicale seront alors confiées à un conseiller « Pays de santé », qui devra être un professionnel de santé. Il ne chômera pas puisque la MSA et Groupama comptent en recruter un pour 12 à 20 médecins. L’échelle choisie, c’est en effet le « pays de santé », soit 3 ou 4 cantons. La Dordogne et les Ardennes sont les deux départements pilotes qui vont expérimenter la formule pendant trois ans. « A terme, cela permettrait d’économiser une dizaine d’heures par semaine et par médecin », estime le Dr Moreau. Libres à eux d’utiliser ensuite ce temps comme ils l’entendent. « Du coup, ils pourront peut-être accueillis des stagiaires en médecine générale, espère Pierre-Jean Lancry. Ce n’est pas une garantie que ces jeunes médecins s’installent ensuite dans la zone mais cela peut aider ».
Les initiateurs du projet « Pays de santé » ne crient pas victoire pour autant. Ils ne sont ni les premiers ni les derniers à proposer des solutions à la désertification médicale et ils le savent bien, le remède miracle n’existe pas. Si les jeunes médecins peuvent succomber aux charmes de la campagne grâce aux maisons de santé pluridisciplinaires, reste à savoir comment on maintient les plus âgés dans ces zones. « C’est notamment pour les plus de 55 ans qui n’ont pas envie de se regrouper que nous créons « Pays de santé », témoigne Pierre-Jean Lancry.
Au total, l’expérimentation devrait coûter un million d’euros sur trois ans, des frais pris en charge par la MSA et Groupama. Si la formule se développe, il restera à trouver des financements.


“Un tapis rouge pour les futurs retraités”

Les principaux intéressés, autrement dit les médecins ruraux, ne sautent pas au plafond. Pour le responsable du blog « Le toubib est généraliste », le premier obstacle est juridique. « Quid du secret médical ? Le coordinateur ne sera pas l’employé des médecins ». Par ailleurs, il estime que « le gain de temps potentiel est minime. 35 heures divisées par 12 à 20 médecins, ça ne va pas chercher loin », écrit-il. En tout cas, on est loin des 10 h hebdomadaires estimées par les promoteurs du projet. Le Dr Nicolas Thual, généraliste à Rohan dans les Côtes d’Armor, s’insurge lui contre « le tapis rouge que l’on déroule pour ces médecins qui vont partir à la retraite. Croyez-moi, ils ont les moyens de se payer une secrétaire ! Par ailleurs, je suis dans une zone sous-médicalisée mais je trouve des remplaçants sans problème, ce qui me permet de prendre 12 semaines de vacances par an. Il faut arrêter de noircir le tableau. En revanche, quand je frappe à toutes les portes pour que le logement de mes stagiaires soit pris en charge, je ne trouve personne. Du coup, ce sont nous, les maîtres de stage, qui payons les 2400 euros par semestre. » D’autres sceptiques s’interrogent sur le potentiel de cette expérimentation dans la mesure où rien n’est fait pour attirer suffisamment de paramédicaux dans ces zones rurales.
Dans trois ans, l’évaluation de « Pays de santé » permettra de lever les doutes. Le problème c’est que « les réelles difficultés d’accès aux soins apparaîtront dans 3 ou 4 ans », pronostique le directeur médical de Groupama. Et Nicolas Sarkozy risque de ne pas être assez patient. En septembre dernier, il donnait un avertissement : « Nous avons trop longtemps laissé les professions de santé autogérer leur démographie. S’ils ont du mal à le faire, nous le ferons. Il est temps d’agir, de faire des choix ». Du coup, la taxe anti-désert risque fort de doubler « Pays de santé ».
Cécile Coumau

expert-lancry1Questions à…

Pierre-Jean Lancry, directeur de la santé à la Caisse centrale de la MSA



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“Aider les médecins pris au piège”

Quel médecin ciblez-vous avec votre expérimentation « Pays de santé » ?
Pierre-Jean Lancry :
Je pense à ces médecins des zones rurales dont le confrère va partir et qui se disent : « Je suis mort si je suis obligé de reprendre sa clientèle. Déjà, je ne m’en sors pas. » Nous devons pouvoir leur apporter une solution et leur dire : « Je sais que la maison de santé rurale, ce n’est pas possible dans votre cas ».


Pourquoi la maison de santé rurale n’est pas la solution ?
P.-J. L
. Tout simplement parce que dans un endroit désertique, cela ne sert à rien d’implanter une telle structure. Nombre de collectivités locales se sont heurtées à de tels écueils. On venait leur vendre un projet de maison de santé pluridisciplinaire clé en main mais, en face, il n’y avait pas de besoin. Avant tout, il faut élaborer un projet de santé, que les professionnels s’organisent entre eux. Nous, on est sur une autre logique, qui est complémentaire des maisons de santé. Le médecin isolé, qui passe un temps à faire des choses qui ne sont pas de la médecine, on va l’aider.


Comment aller-vous évaluer votre projet ?

P.-J. L. Tout d’abord, nous allons organiser des réunions sur le terrain, avec les professionnels de santé, la population et les élus pour tester notre projet, et voir quels services les médecins sont prêts à déléguer. Ensuite, on va lancer une évaluation dès le début. Nous allons mesurer par exemple le stress des médecins ruraux avant et pendant l’expérimentation. Mais le critère ultime serait que l’on parvienne à attirer de nouveaux médecins dans ces zones, ou au moins que nous les aidions à y rester. Parce qu’il y a aussi des médecins pris au piège. Nous voulons leur rendre la vie plus agréable.
Entretien avec CC









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