L'INVITE > Dr Marie-Pierre Allié
Présidente de MSF FranceL’humanitaire est utilisé comme le paravent de l’inaction politique
[30/01/2009] |
Choquée par la violence et par le nombre de morts dans le conflit israélo-palestinien, la présidente de MSF dresse le bilan de l’action humanitaire menée à Gaza mais aussi sur d’autres zones d’intervention. Les ONG, précise le Dr Marie-Pierre Allié, sont pénalisées, voir mises en danger, quand les politiques s’en servent comme des alibis.
L’intégralité de l’entretien (Durée : 43 mn)
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La violence du conflit israélo-palestinien (Durée : 16mn)
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L’espace humanitaire menacé (Durée : 16 mn)
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Le recrutement à MSF (Durée : 11 mn)
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Les réponses à vos questions
La trêve ne semble pas tout à fait respectée. Pouvez-vous malgré tout accéder correctement aux populations civiles dans la bande de Gaza ?
La situation reste très précaire en terme de sécurité pour les populations. Je rappelle que, la trêve ayant été décrétée de façon séparée par les 2 parties, il n’y a aucun accord antre les belligérants.Aujourd’hui, l’accès de nos équipes aux populations civiles dans la bande de Gaza est redevenu ce qu’il était avant l’offensive israélienne de décembre-janvier. Les déplacements des équipes de secours sont possibles, en s’informant au préalable des conditions de sécurité sur chaque zone et en évitant celles où pourraient survenir des combats. Depuis la survenue de la trêve, nos équipes ont pu évaluer la situation dans différents hôpitaux et installer un hôpital gonflable à Gaza pour assurer les soins chirurgicaux aux blessés qui n’auraient pas pu être opérés ou qui nécessitent une seconde intervention. Trois cliniques assurant soins post-opératoires et soins pédiatriques ont pu être rouvertes.
Pendant l’offensive, on a beaucoup entendu parler des blessures de guerre mais qu’en est-il des blessures psychologiques ?
Vu le déchaînement de violence qui s’est exercée sur la bande de Gaza pendant 3 semaines, les conséquences en terme psychologique sur la santé de la population ont été une de nos premières préoccupations avec la prise en charge des blessures physiques directes.
MSF conduit depuis de nombreuses années sur place un programme de soins psychologiques, à destination de patients affectés par la situation d’insécurité permanente et notamment les bombardements réguliers en zone d’habitation (en réaction aux tirs de roquettes depuis le territoire palestinien).
L’équipe chargée de ce programme a été renforcée et est très rapidement retournée sur Gaza dès que les conditions de sécurité l’ont permis. Une de ses priorités a été de soulager les équipes médicales d’urgence qui avait été particulièrement exposées pendant les 3 semaines du conflit, mais elle se prépare aussi à prendre en charge les troubles psychologiques qui apparaîtraient ou persisteraient chez des patients à plus long terme.
Vous trouverez plus d’information sur ces programmes sur le site Internet de Médecins sans Frontières : http://www.msf.fr
La France a annoncé son intention de participer à la reconstruction de l’hôpital Al Quds. Qu’en pensez-vous ?
Il est bien sûr indispensable que les structures publiques, et particulièrement les hôpitaux, puissent être reconstruites. Au delà de l’aide à la reconstruction, cependant, c’est à des solutions politiques et diplomatiques que devraient se consacrer les états, et en particulier les états européens.
Deux employés de MSF viennent d’être tués au Pakistan. Que pouvez-vous faire pour améliorer la sécurité de votre personnel, au-delà de lutter contre la confusion militaro-humanitaire dont vous avez parlé pendant l’émission ?
La sécurité des équipes de Médecins Sans Frontières est une de nos préoccupations majeures. Je ne parlerai pas ici de ce qui s’est passé au Pakistan ce week-end mais je tiens à rendre hommage à nos deux collègues qui ont été tués alors qu’ils allaient chercher des blessés, victimes de combats dans le district de Swat au nord-ouest du Pakistan.
La confusion militaro-humanitaire est un des facteurs qui contribuent aux dangers auxquels sont exposées les équipes sur le terrain, mais bien-entendu, la nature même de notre mission sociale, de nos opérations, nous mène à intervenir sur des contextes dangereux par définition. Nous adaptons nos opérations aux risques existants sur le terrain : équipe restreinte, évacuations des équipes an cas de menace pour leur sécurité, et essayons de trouver des approches opérationnelles différentes quand nous estimons que les risques sont trop importants, comme en Irak par exemple où nous avons évacué et traité les blessés en dehors du pays.Sur ces terrains de conflit, les efforts portent en permanence sur la connaissance par les belligérants, quels qu’ils soient, des activités que nous menons auprès des populations et des secours que nous apportons. Pour cela, il est indispensable de bien connaître et comprendre l’environnement dans lequel nous intervenons et de s’assurer que l’action indépendante de secours menée par MSF est comprise et acceptée.
La discussion autour des menaces portant sur la sécurité de nos équipes et de la façon d’adapter nos modes d’intervention à celles-ci est partie intégrante de la réflexions sur nos opérations.
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