L'INVITE > Pr Claude Sureau

 Gynécologue-obstétricien, membre du Comité d'éthique

Il faut refuser les dogmes en matière d’éthique

[15/06/2009]  |

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Dans le cadre de la révision de loi bioéthique, le gouvernement souhaite ouvrir en 2009 des Etats généraux aux citoyens. Le Comité d’éthique sera associé à cette réflexion nationale. L’un des ses membres, le Pr Claude Sureau, donne son éclairage personnel sur les grandes questions qui agitent notre société.  (Rediffusion)




L’intégralité de l’entretien (Durée : 45 mn)

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La révision de la loi (Durée : 17 mn)

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L’assistance à la procréation (Durée : 18 mn)

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L’homme transformé (Durée : 10 mn)

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Les réponses 

L’AMP sera au coeur des débats de bioéthique. Mais est-ce que le problème n’est pas ailleurs : usage de substances chimiques qui a des conséquences sur la fertilité masculine par exemple ? Ou bien s’interroger sur les choix de société qui font que l’âge de la première grossesse augmente au fur et à mesure ?
L’AMP sera au coeur des débats sur la bioéthique. Vous envisagez que le problème soit ailleurs, l’âge de la première
grossesse, les substances environnementales perturbant la fertilité;mais il s’agit encore de procréation. Le CCNE envisage de s’interroger également sur d’autres problèmes intéressant les générations futures. Elle l’a déjà fait à propos des nanoparticules, de la santé en prison ou de l’immigration et de ses contrôles. Cela étant dit, il est clairque les problèmes liés à la procréation, sous tous leurs aspects, demeurent essentiels; mais il faut prendre garde à ne pas trop interférer avec le comportement individuel; par exemple, l’âge de lapremière grossesse; bien sûr, il vaut mieux avoir son premier enfant
tôt, les risques sont moindres, mais bien des éléments de choix interviennent et il me parait nécessaire de ne pas imposer une vision sociétale contraignante aux membres de notre collectivité, trèsattachés à leur liberté décisionnelle, dans la mesure où cette liberté n’engendre pas des désordres sociétaux. Et c’est là tout le problème.

Vous saluez le travail réalisé par le centre d’éthique clinique de Cochin. Ne faudrait il pas développer ce type de structures dans les hôpitaux français ?
La création du Centre de Cochin, sous la direction de Véronique Fournier, fut l’oeuvre de Bernard Kouchner. Je crois savoir que ce type de structure d’aide à la décision (sans aucun caractère directif ou contraignant) se développe actuellement. C’est là l’un des objectifs del’Agence de la biomédecine.

La révision de la loi de bioéthique semble prendre du retard. Or, la recherche sur l’embryon obéit à une dérogation pour une durée de cinq ans… Est-ce que cela ne va pas mettre un coup de frein à cette recherche ?
Quand on voit le nombre de structures et d’organismes impliqués dans la réflexion sur la révision de la loi, on est pris de vertige. Il paraît évident que le délai de 5 ans ne sera pas parfaitement respecté. Rappelez-vous, il en fut de même pour la loi de 94, qui fut finalement révisée en 2004. Mais est-ce un tort ? Sur des sujets dont la complexité s’accroit, il n’est peut-être pas mauvais que des discussion aient lieu sur l’ensemble du territoire, et que des opinions divergentes puissent s’exprimer. Les opinions peuvent ainsi évoluer, comme elles l’ont fait depuis, par exemple les lois sur lacontraception ou l’avortement. Quant à un éventuel coup de frein, je ne le crois pas; d’abord les recherches débutées en 2009, date limite, pourront parfaitement se poursuivre jusqu’à leur terme; en outre, une nouvelle dérogation pourra toujours être instituée; enfin, vous le
savez, de nouvelles pistes semblent s’ouvrir actuellement, celles qui ont trait à la recherche sur des cellules “déprogrammées-reprogrammées”qui ne posent plus guère de question éthique.

Comment concilier l’éthique et la liberté de conduire les travaux de recherche pour découvrir ou innover ? Vous-même au cour de votre carrière, avez-vous été confronté à ce type de dilemme ?
Votre question est fondamentale et cet équilibre est terriblement difficile à trouver, d’autant qu’il dépend de l’évolution des esprits et du droit, en particulier celui de la responsabilité médicale. J’ai effectivement été confronté à cette difficulté, lorsque j’ai effectué mes premiers enregistrements des électrocardiogrammes foetaux, au milieu des années 50, enregistrements qui ont été à l’origine du développement du “monitoring” foetal que tout le monde connaît. Le bénéfice de cette recherche est aujourd’hui évident, puisqu’elle a pratiquement fait disparaître la mortalité foetale au cours du travail, qui était à l’époque de 1% (avec malheureusement l’augmentation simultanée du pourcentage de césariennes). La question que je me pose aujourd’hui est effectivement: dans le contexte judiciarisant actuel, une telle recherche serait-elle possible aujourd’hui? Je n’en suis pas certain. Le débat demeure ouvert.



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