L'INVITE > Dr Muriel Salmona
Psychiatre, responsable de l'Institut de victimologie dans les Hauts-de-SeineLe médecin traitant peut repérer les victimes de violences conjugales
[8/05/2008] |
Alors qu’une prise en charge précoce est indispensable pour limiter les Pour en savoir plus :
séquelles traumatiques et physiques des violences conjugales, l’étude
pilote menée dans les Hauts-de-Seine montre que les victimes sont
rarement prises en charge. Pour le Dr Muriel Salmona, la contribution
des médecins de ville est déterminante.
Le site Internet du réseau Victimo
L’Institut de victimologie, tél : 01 42 27 57 98 (pôle formation-débriefing)
L’intégralité de l’entretien (Durée: 42 mn)
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Qui sont les victimes des violences conjugales (Durée: 19 mn)
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Les répercussions physiques et psychologiques (Durée: 12 mn)
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Identifier les symptômes psychotraumatiques (Durée: 11 mn)
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Les réponses à vos questions
Le secret médical peut-il être levé pour une femme enceinte victime de de violences
conjugales ?
Oui. Une femme enceinte peut-être considérée comme une personne vulnérable qui n’est pas en mesure de se protéger. La loi autorise donc la levée du secret médical pour faire un signalement des violences aux autorités administratives et judiciaires (Art 226-14). "L’article 226-13, qui régit le secret professionnel, n’est pas applicable dans le cas où la loi impose ou autorise la révélation du secret. En outre, il n’est pas applicable à celui qui informe les autorités judiciaires, médicales ou administratives de sévices ou privations dont il a eu connaissance et qui ont été infligés à un mineur de quinze ans ou à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son état physique ou psychique."
Il faut rappeler que 6,6% des femmes subissent des violences pendant la grossesse ; que près des 2/3 (63,9%) des femmes victimes de violences conjugales ont déclaré que la violence s’était aggravée pendant la grossesse (Stewart,1993), que 40% des violences conjugales ont débutées pendant la grossesse ; que les femmes victimes enceintes étaient 4 fois plus nombreuses que les autres femmes victimes à dire qu’elles avaient subi des violences « extrêmement graves » (coups, strangulation, menaces de mort par armes, agressions sexuelles) ; que 45% des femmes victimes de violences ont subi des blessures physiques dont 10% ont déclaré avoir souffert de lésions internes et subi une fausse-couche (enquête nationale canadienne auprès de 12300 femmes, 1993).
En cas de doutes il peut être très utile de proposer une hospitalisation qui permet de faire un bilan de l’état de santé somatique et psychologique de la femme enceinte, de la mettre à l’abri et de prendre le temps d’identifier les violences subies, d’évaluer la situation et les dangers afin de pouvoir prendre si nécessaire la décision de signalement.
Les consultations pour le “certificat pré nuptial” n’étaient-elles pas une bonne occasion de faire de la prévention
Effectivement, comme toutes les consultations obligatoires, que ce soit les examens de santé des enfants de 0 à 6 ans ou les consultations prénatales, les consultations pour établir un certificat prénuptial auraient pu être un moment privilégié pour faire de la prévention, poser des questions, dépister, évaluer des risques et donner des informations sur les violences conjugales et familiales (sur leur gravité, leurs conséquences et les mécanismes en jeu). Que le "certificat prénuptial"considéré comme obsolète, ne soit plus obligatoire peut se comprendre mais il est dommage de ne pas avoir gardé une consultation obligatoire (sans certificat) pour les couples avant le mariage et le pacs.
A partir de quand l’assistance téléphonique pour les professionnels de santé, dont vous parlez à la fin de l’émission, sera-t-elle mise en place ?
Il s’agit d’un projet pilote qui, dans un premier temps, sera mis en place uniquement sur les Hauts-de-Seine pour les professionnels de la santé. Le lancement de cette assistance téléphonique d’expertise se fera certainement en septembre. medecinews relaiera l’information. Le lancement sera accompagné de la parution d’une brochure d’information médicales sur violences et santé à destination des patients pour les salles d’attente, les PMI, les plannings, les hôpitaux, les espaces santé-jeunes, etc… et de nombreux documents de formation en psychotraumatologie et en victimologie. Pour ceux qui le souhaitent, certains documents que je distribue lors des formations (annuaire, biblio, présentation sur les psychotraumatismes, les violences conjugales, les violences faites aux enfants, les violences au travail, les mécanismes et les conséquences des psychotraumatismes, les lois) peuvent vous être adressés sur demande par courrier électronique : m-salmona@victimo.fr). J’espère que cette assistance téléphonique pourra ensuite être rapidement mise en place sur l’ensemble du territoire.
L’enquête nationale sur les Violences Envers les Femmes en France montrait que les femmes victimes d’agressions se confiaient en premier lieu au médecin (24% des cas), avant la police et la gendarmerie (13% des cas), la justice ou les associations. Votre étude confirme-t-elle ce constat ?
L’étude le confirme tout à fait, la majorité des femmes (près de 75%) se sont confiées en premier lieu à un médecin, malheureusement le plus souvent très tardivement, après de nombreuses années de solitude totale alors qu’elles consultaient souvent des médecins régulièrement. Elles sont très nombreuses à signaler qu’elles auraient aimé que des questions sur les violences leur soient posées et que des liens soient faits entre leurs symptômes et les violences subies.
Cela confirme l’importance du dépistage systématique. Ll’étude faite en 2006 par le Dr Gilles Lazimi, généraliste de Romainville auprès de 51 médecins et 2 sage femmes qui ont posé, de façon systématique lors de leur consultation, 3 questions à 557 patientes pour dépister des violences verbales, physiques et sexuelles subies au cours de leur vie (quelque soit le motif de consultation) est éloquente: 63% ont déclaré avoir été victimes de violences (62,8% de violences verbales; 42,7% de violences physiques; 17,8% de violences sexuelles); 90% en parlaient pour la première fois à un médecin et les médecins ont été 81% à trouver que les patientes n’avaient eu aucune difficulté à répondre aux questions et 77,5% à dire qu’ils n’avaient pas eu de difficultés à poser les questions de façon systématique.
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Daniel Lenoir
Directeur de la Mutualité françaiseNotre système de santé n’est plus adapté à l’évolution de la médecine
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