L'INVITE > Dr Sylvain Balester
Addictologue à l'hôpital Beaujon (Clichy)Les ivresses répétées chez les jeunes sont une réelle menace
[14/03/2008] |
Importée des pays anglo-saxons, l’intoxication alcoolique aigüe se développe en France chez les ados et même chez les 12-13 ans. Pour le Dr Balester, le "binge drinking" engendre souvent des conduites à risque et des comportements violents. La consultation de prévention, prévue dans le plan santé-jeunes, est, selon ce médecin, une mesure utile.
L’intégralité de l’entretien (Durée: 31 mn)
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L’état des lieux (Durée: 12 mn)
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Les conséquences des conduites à risque (Durée: 6 mn)
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La prévention et la prise en charge (Durée: 13 mn)
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Les réponses à vos questions
Le suivi d’un adolescent adepte du binge drinking nécessite une attention et un suivi que les généralistes ne peuvent pas forcément fournir. Comment et ou doit-on orienter cette personne ?
Je pense que le généraliste a un rôle important à jour mais il peut se faire aider d’autres professionnels plus spécialisés. Depuis 2007, des consultations pour les jeunes consommateurs ont été crées par la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie) et sont accessibles aux jeunes patients (ou à leur familles) concernant toutes les consommations de substances psychoactives. Après une consultation d’évaluation, une orientation adaptée est proposée. Il est possible de contacter la DATIS (Drogues Alcool Tabac Info Service) au 0 800 91 30 30 ou 0 800 23 13 13 pour obtenir de l’aide (numéro accessible pour les usagers ou les professionnels de santé). L’orientation peut se faire vers un CSAPA (Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) qui ont remplacé les anciens CCAA et CSST, en fonction du lieu de domicile.
J’exerce dans une petite ville où il n’existe pas de service spécialisé. Que peut-on faire ?
Peut-être est il possible de trouver un centre spécialisé en région avec lequel vous pouvez travailler. Sinon, il est possible d’instaurer un suivi avec le patient pour l’aider, l’écouter, le soutenir dans son objectif. Il est aussi possible de trouver un soutien auprès d’un psychologue au niveau du CMP de proximité ou en ville. Je vous engage également à vous renseigner sur les formations continues (proposées par des réseaux de soins de soins ville-hôpital ou des associations de formaion continue) qui pourraient être proposées dans le domaine des addictions, de l’entretien motivationnel (outil bien utile proposé initialement dans les traitement des addictions mais transposable à d’autres pathologies chroniques).
Peut-on assimiler la conduite d’un jeune qui boit régulièrement chez lui au binge drinking ? Si ce n’est pas le cas, la prise en charge de cette dépendance est-elle différente ?
Le binge drinking, qui peut devenir une véritable forme de dépendance est avant tout une conduite d’abus, comme l’est la consommation régulière. L’abord de la question est le même, l’accompagnement comparable. Une attitude « non jugeante » et empathique est fondamentale. Le patient est sollicité pour s’approprier sa démarche et envisager ses objectifs. Le médecin doit s’attacher à repérer les éventuelles comorbidités, les conduites à risque, les dommages mais également les avantages (effets attendus de cette conduite d’alcoolisation) qu’elle soit régulière, festive ou solitaire. En travaillant sur ces différents aspects, les intercations existantes avec la famille, l’entourage amical, le milieu scolaire, vont se dégager des pistes de prise en charge, des projets, des solutions
Dans les pays où le binge drinking est très répandu, la réglementation sur la vente d’alcool aux mineurs est-elle plus laxiste qu’en France et les prix sont-ils moins élevés ?
Pensez-vous que ces deux leviers soient importants pour développer une véritable politique de santé publique dans ce domaine ?
Dans les pays anglo-saxons, la règlementation est au moins aussi sévère (voire plus) qu’elle l’est en France. Par exemple, aux Etats Unis, la vente d’alcool est très règlementée pour les majeurs (à l’exception des bières) car elle n’est possible que dans des établissement spécifiques (liquor stores) souvent fermés la nuit ; la consommation d’alcool est interdite dans la rue et la vente de tout alcool est soumise à la présentation d’une pièce d’identité chez les majeurs de plus de vingt et un ans. Pour autant, cette politique répressive n’a pas permis de limiter le phénomène de binge drinking ou l’abus d’alcool chez les jeunes qui est encore plus massif que dans les pays européens. Dans les autres pays européens, les différences ne semblent pas liées à la politique locale mais bien à d’autres facteurs non encore identifiés précisément. La politique de prix me semblerait (par l’intermédiaire d’une taxe) un levier important pour limiter ce phénomène mais requiert une certaine obstination de la part des pouvoirs publics afin de s’opposer au lobby des producteurs d’alcool et de vin et aux brasseurs.
Quelles sont les autres prises de risque, toxicomanies ou autres, les plus souvent associées au binge drinking ?
Le binge drinking est bien sûr souvent associé (à l’origine) de conduites à risque sur le plan de la sexualité, d’accidents, de bagarres, de polyconsommations (cannabis, cocaïne). L’association d’alcool et de substances psychoactives majore le risque de dommages ou d’accidents et
J’ai remarqué plusieurs fois un déni des parents, surtout pour des ivresses répétées chez leurs filles. Quelle est votre attitude vis à vis de ces parents ?
J’aurais tendance à penser, au contraire, que les parents s’inquiètent parfois trop et accompagnent leurs jeunes à consulter de manière un peu anticipée. Ceci n’est pas une mauvaise chose, cela permet d’engager le dialogue de manière positive. Si les parents démissionnent et adoptent une attitude de dénégation, c’est souvent pour se rassurer eux-mêmes d’une situation qu’ils perçoivent comme inquiétante. Il est parfois possible de les amener à se questionner sur leurs propres attitudes vis-à-vis de l’alcool, des médicaments, des substances ou des conduites à risque, permettant d’ouvrir ensuite le dialogue sur leurs enfants et leur avenir. Il est encore une fois recommandé de ne pas adopter une attitude de jugement ou une position morale, ce qui aurait tendance à renforcer cette dénégation protectrice. C’est un travail par étapes successives qu’il faut entreprendre, sans forcer le rythme de chacun. Je pense que le travail doit toutefois s’axer sur l’individualisation et la personnalisation en tentant de renforcer les motivations de chacun en respectant l’intimité et la confiance en soi.
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