L'INVITE > Dr Corinne Antoine
Médecin-expert auprès de l'Agence de biomédecineDons d’organe : les refus baissent, la pénurie continue
[22/02/2008] |
Si le nombre de greffes ne cesse d’augmenter en France, + 5% en 2007, 13 000 personnes restent en attente d’un organe. L’ Agence de biomédecine souhaite élargir le champ potentiel de donneurs, par exemple à des personnes décédées après un arrêt cardiaque (dossier greffes).
L’intégralité de l’entretien
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L’état des lieux
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Comment combattre la pénurie
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La mobilisation des acteurs hospitaliers
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Les réponses à vos questions
Quelle place peuvent avoir les généralistes dans l’information sur le don d’organes ?
(Mérignac)
Les médecins généralistes ont une place très importante dans l’information sur le don d’organes. Le généraliste est l’interlocuteur privilégié d’une génération qui se dit favorable au prélèvement d’organes mais qui a encore des difficultés à bien appréhender le sujet.
En effet, si 84 % des 16-25 ans se déclarent favorables du don d’organes, ils reconnaissent dans leur grande majorité avoir besoin de bien comprendre le sujet avant d’aller plus loin dans le choix et l’expression d’une position personnelle. Ils attendent surtout des informations précises et pédagogiques, délivrées par des personnes qui ne peuvent être suspectées d’émettre un jugement de valeur.
95 % des jeunes considèrent ainsi que leur médecin est un vecteur d’information fiable sur le prélèvement et la greffe d’organes. Par ailleurs, la consultation offre un espace de libre parole qui favorise la confidence et la confiance. C’est pourquoi 63 % des 16-25 ans déclarent qu’ils se tourneront naturellement vers leur médecin traitant s’ils souhaitent échanger sur ce sujet.
La loi de bioéthique du 6 août 2004 a investi le médecin d’une mission d’information des 16-25 ans sur les modalités du don d’organes à fins de greffe. Cette mission constitue un prolongement naturel de l’attitude des jeunes à son égard.
L’agence a créé un site dédié pour la sensibilisation des jeunes au don d’organes (www.ledonlagreffeetmoi.com <http://www.ledonlagreffeetmoi.com> ).
De même, des outils pédagogiques et des documents spécifiques sont à la disposition des médecins traitants auprès de l’Agence de la biomédecine.
Pour faire face à la pénurie d’organes, va-t-on un jour sélectionner les receveurs en fonction de leurs comportements de santé (alcool, tabac) ?
(Dijon)
Les indications de greffe sont posées en fonction de l’atteinte de l’organe et du succès attendu de la greffe pour la pathologie identifiée. Pour exemple, la cirrhose d’origine éthylique est une des indications ayant les meilleurs résultats en greffe hépatique. Les professionnels de santé en transplantation mettent tout en oeuvre pour aider leurs patients à guérir de leur addiction et réaliser avec succès la greffe.
Les résultats à partir de donneurs vivants sont-ils meilleurs qu’à partir d’une personne décédée ?
(Aix-en Provence)
Rappelons que la technique de la greffe est de mieux en mieux maîtrisée, avec des résultats en terme de durée et de qualité de vie en constante progression. Concernant la greffe rénale, nous avons observé que les résultats des greffes sont effectivement meilleurs lorsque la greffe est réalisée à partir d’une personne vivante. Différentes raisons expliquent ces résultats :
- Le meilleur état physiologique du donneur avec la réalisation d’un bilan quasi-exhaustif dont les conclusions peuvent amener à contre-indiquer le don chez les personnes présentant des pathologies ou des facteurs de risque cardio-vasculaires. Le but principal est bien sur de ne pas réaliser de prélèvement de rein chez une personne ayant un problème de santé ;
- L’ischémie froide est beaucoup plus courte et l’organe souffre moins de la période d’hypothermie et de non perfusion durant laquelle il est plongé dans le cadre de la greffe à partir de donneur décédé (entre le moment où il est enlevé du corps du donneur jusqu’au moment où les vaisseaux sont déclampés chez le receveur.
- Il n’y a pas de passage en mort encéphalique avec ainsi l’absence de lésions induites par l’orage cytokinique qui se produit lors de la destruction du cerveau
- Enfin, la greffe est programmée avec tous les avantages en terme d’organisation de l’anesthésie et de la chirurgie et surtout la préparation médicale du receveur .
Ces meilleurs résultats ne sont pas observés en greffe hépatique. Les complications techniques post-opératoires sont significativement plus importantes dans le cas d’un donneur vivant. Elles concernent surtout la ou les anastomoses biliaires ou vasculaires. Il existe un risque majoré d’insuffisance hépatique principalement lorsqu’il s’agit de receveurs adultes, du fait de la taille du greffon hépatique. En effet, le prélèvement de foie chez le donneur concerne le lobe droit, plus volumineux, lorsqu’il s’agit d’un receveur adulte et le lobe gauche lorsqu’il s’agit d’un receveur pédiatrique.
Vous évoquez une école de chirurgie pour former des chirurgiens supplémentaires au prélèvement. Cette école existe déjà ou est-elle en cours de création ? Et à quel endroit ?
(Paris)
Un important travail est en cours pour essayer de mobiliser les compétences chirurgicales dans les hôpitaux généraux et universitaires qui ont l’autorisation de faire les prélèvements d’organes. Cela permettrait de limiter les déplacements sur de longues distances des chirurgiens des équipes de greffe qui sont aujourd’hui en nombre restreint en regard de l’importante augmentation de l’activité de prélèvement et de greffe (+ 53 % en 6 ans). Cela diminuerait aussi le risque pris par ces équipes chirurgicales lorsqu’elles font de long trajet en voiture ou en avion.
L’Agence de la biomédecine et les sociétés savantes impliquées dans l’activité de greffe d’organes se sont mobilisées pour mettre en place cette école du prélèvement et concevoir un programme de formation théorique et pratique. Un des objectifs de cette école est de former des chirurgiens susceptibles de pouvoir réaliser les prélèvements de tous les organes à l’étage abdominal d’une part, et à l’étage thoracique, d’autre part. Cette diversification des compétences permettra de limiter le nombre de chirurgiens mobilisés pour chaque prélèvement. Le lieu de cette formation n’est pas encore établi.
La certification des coordinations hospitalières est réalisée par la Haute Autorité de santé ou l’Agence de biomédecine ?
(Nantes)
Pour aider les professionnels impliqués au quotidien dans le prélèvement d’organes et de tissus à renforcer la qualité de leurs pratiques, l’Agence de la biomédecine a élaboré et met en oeuvre un dispositif d’audit et de certification spécifique. Ce dispositif, que chaque coordination hospitalière du prélèvement est libre de mettre en oeuvre, permet d’analyser et d’optimiser plusieurs facteurs de qualité et d’efficacité, comme le recensement des donneurs potentiels en relation avec les autres services hospitaliers, l’accueil et l’accompagnement des familles des défunts, ou encore la sécurité sanitaire et la traçabilité des différentes étapes du prélèvement. Basé sur une analyse minutieuse des pratiques, il aboutit à une certification délivrée par l’Agence de la biomédecine et reconnue par la Haute Autorité de Santé (HAS).
Des coopérations entre pays européens sont possibles aujourd’hui ?
(Strasbourg)
Oui, parmi les missions définies dans les statuts de l’Agence de la biomédecine figurent le développement et la mise en place de programmes de coopération internationale. Les missions menées à ce titre par l’Agence de la biomédecine ont un double objectif : développer les relations avec les pays ayant une organisation sanitaire équivalente, notamment en Europe, et soutenir des pays moins avancés dans le développement des activités de greffe.
Ainsi, l’Agence de la biomédecine a piloté ces trois dernières années un important projet européen avec pour principal objectif d’assurer la coordination des programmes de recherche nationaux et régionaux des pays concernés. Plusieurs axes de travail avaient été déterminés :
- Augmentation du nombre de donneurs (donneurs décédés et donneurs vivants)
- Amélioration de l’équité et de l’efficacité des règles de répartition
- Amélioration de la sécurité et de la qualité de la greffe d’organes
- Amélioration des méthodes d’évaluation de l’activité de prélèvement et de greffe ;
- Amélioration de la coordination en recherche fondamentale
- Analyse comparative des aspects éthiques et légaux du prélèvement et de la greffe
Après trois années de travail, Alliance-O a publié ses recommandations dans un livre blanc rendu public en octobre 2007.
Enfin, il faut savoir, que des échanges de greffons sont possibles entre pays européens mais restent rares du fait de la pénurie.
Les recherches sur les xénogreffes sont-elles abandonnées ?
(Clermont-Ferrand)
Non, mail il persiste encore beaucoup d’obstacles immunologiques et infectieux pour le développement de ce type de transplantation. De grandes unités de recherche dans le monde continuent à travailler dans cette voie.
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