L'INVITE > Claude Le Pen

 Economiste de la santé

Moduler les remboursements en fonction du niveau des revenus

[8/02/2008]  |

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Notre sytème de santé est malade d’un manque de recettes et non pas d’un excès de dépenses, affirme Claude Le Pen en accord avec le rapport Attali, qui apprécie ce secteur comme un moteur de la croissance. Selon l’économiste, c’est la situation sociale de la personne qui doit conditionner le niveau de remboursement et non la nature de la maladie.

L’intégralité de l’entretien (Durée: 46 mn)

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La santé, facteur de croissance (Durée: 24 mn)

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L’offre de soins (Durée: 11 mn)

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Les réformes de structure (Durée: 11 mn)

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Les réponses à vos questions

« Dans le système que vous préconisez, les soins dits “mineurs” seraient-ils remboursés de la même façon à tous les assurés ? Dans quelle catégorie, rangez-vous le traitement de la grippe ? Sur quels types de soins, feriez-vous porter l’effort des personnes les plus favorisées ? »
(Tours)
Vous faites référence à l’idée d’un système où les riches paieraient un peu plus que les pauvres. Ce n’est pas un système que je préconise, c’est un système que je prévois, c’est un peu différent. Cette contribution passerait par une franchise d’un montant supérieur pour les plus aisés. Elle serait calculée en fonction des revenus mais non par rapport à la nature de l’acte. Car il y a une difficulté pour définir un soin mineur et une pathologie mineure. La grippe est un bon exemple, ce n’est pas une pathologie mineure. Elle fait deux mille morts par an. Au fond, ce système permet d’éviter ce débat un peu byzantin pour savoir quelle pathologie il faut prendre en charge à 100% ou non.

« Revenir sur l’égalité face à la maladie, n’est-ce pas revenir sur l’un des grands principes de cohésion sociale ? »

(Toulouse)

Oui, mais aujourd’hui, on revient sur un des grands principes de la cohésion sociale qui est l’égalité entre les générations. Nous avons accumulé 100 milliards d’euros de dettes. Nos enfants devront payer la facture. Alors, il faut choisir entre mettre davantage à contribution les plus gros revenus ou remettre en cause le principe d’égalité intergénérationnel. Dès lors que l’on maintient pour l’essentiel la solidarité, je ne crois pas que ce principe d’égalité soit très fortement remis en cause par une petite différenciation des prestations.

« Le rapport Attali préconise de responsabiliser l’assuré. Pour vous, une personne qui a des comportements à risque (tabac, alcool, sédentarité) doit-elle être pénalisée financièrement par l’assurance maladie ? »

(Angers)

Non, il est préférable de responsabiliser les fumeurs par l’éducation, la formation, la pression sociale et la loi. Les spécialistes ont très bien réussi à faire évoluer les comportements.
La responsabilisation financière est certes importante pour montrer que la santé a un coût, mais de là à pénaliser les fumeurs, non. On serait d’ailleurs très vite confronté à une difficulté entre ceux qui prennent des risques actifs et ceux qui prennent des risques passifs. Par exemple, va-t-on refuser de rembourser quelqu’un qui n’a pas fait un dépistage du cancer du sein sous prétexte que cet examen aurait permis de traiter plus tôt et de manière moins onéreuse un cancer débutant ? Il n’est pas souhaitable de rentrer dans cette logique.

« Faut-il, selon vous, rouvrir le secteur II. Si oui, comment ? »

(Marseille)

Non, je ne crois pas qu’il soit opportun de rouvrir le secteur II. Il a correspondu à une époque dans l’évolution de notre système de santé. En l’ouvrant aujourd’hui, il y aurait vraisemblablement une migration très forte et une explosion des honoraires. Dans certaines régions, on aurait beaucoup de mal à trouver des praticiens de secteur I. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit dans les années 90 et qui a conduit à la fermeture du secteur II.
Il y a un vrai problème de rémunération, d’honoraires médicaux mais la solution ne vient pas du secteur II. Il faut réfléchir à la création de secteurs optionnels dans lesquels les médecins seraient mieux payés en échange de missions de service public ou d’obligation de respecter un certain nombre de règles définies avec eux.

« Faites-vous confiance à ce gouvernement pour mener les grandes réformes dont nous avons besoin ? »

(Grenoble)

Je ne fais confiance à aucun gouvernement, ni celui-ci ni un autre. La santé ne se gère pas par décrets. Il y a effectivement des mesures courageuses à prendre mais le problème du système de santé dépasse le cadre d’un seul gouvernement, c’est un effort de longue durée. Quand on regarde les changements, le système a évolué dans les années 70, dans les années 90, autour des années 2000-2004 avec la loi sur les droits des patients, les lois de modernisation du système ou de l’hôpital. Ce sont certes les gouvernements qui ont pris ces mesures mais elles ont été dictées par la dynamique propre du système. Nous sommes tous partie prenante dans cette dynamique.

Nous sommes de plus en plus encadrés par l’assurance maladie, assommés de tâches administratives, pourtant les déficits sont toujours là. N’avons-nous pas atteint les limites de la maîtrise médicalisée ? »

(Orléans)

Non, je ne crois pas. C’est vrai que le métier de médecin s’est transformé, on lui demande de plus en plus de comptes, de remplir des tâches administratives pour lesquelles il n’a pas été formé.
L’une des pistes est de créer des maisons médicales regroupant plusieurs médecins pour faire face au problème de la démographie. Mais ces structures pourraient aussi avoir du personnel administratif pour organiser le travail des médecins tant dans la dimension administrative, financière, de gestion que dans la fonction essentielle qui est la production du soin. On ne peut pas demander de l’information aux médecins sans les aider à la produire.

« Etes-vous favorable à la fin de la liberté d’installation ? »

(Amiens)

Non, mais elle doit s’exercer dans le cadre des lois car deux libertés s’affrontent : celle du médecin de s’installer où il veut et celle du patient de pouvoir être soigné sans avoir à faire 300 kilomètres. Donc, on peut trouver des moyens incitatifs pour s’assurer qu’il y a une couverture et une répartition harmonieuses du territoire. Mais on ne peut pas obliger à un médecin à s’installer avec une baïonnette dans le dos.



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