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30 000 diabétiques ont adhéré au programme d’accompagnement lancé par
l’assurance-maladie. L’enjeu est double : améliorer la qualité de vie
des patients et réduire les coûts dûs aux complications.
Bernard, 50 ans, vient d’être diagnostiqué diabétique de type 2. Son médecin traitant lui prescrit les examens de suivi recommandés. « Mais Bernard n’a pas compris l’importance de faire un fond d’½il, explique le Pr Hubert Allemand, médecin conseil, et président du comité scientifique du programme d’accompagnement des patients diabétiques, Sophia, lancé par l’assurance-maladie en mars dernier (cf.article Medecinews). Sa vue est excellente. Il ne prend pas de rendez-vous avec son ophtalmologue ». C’est là qu’intervient le conseiller santé de Sophia. Par téléphone, il fera le point avec Bernard, lui rappelera que le diabète peut entraîner une lésion des vaisseaux sanguins de la rétine. « L’objectif de ce programme est de renforcer l’action du médecin traitant, martèle le Pr Hubert Allemand.
Une cinquantaine de conseillers santé, des infirmières spécifiquement formées, coachent les patients volontaires. Alimentation, activité physique, suivi des examens complémentaires, ces infirmières aident le patient à atteindre les objectifs fixés. Installées dans deux CPAM, à Nice et Albi, elles couvrent les dix départements pilotes (1) du programme Sophia.
« Notre objectif est d’améliorer l’état de santé des personnes diabétiques et de diminuer la fréquence des complications », rappelle le Pr Allemand. Les complications du diabète entraînent déjà 12 000 amputations du pied par an, ainsi que de nombreuses dialyses. Les diabétiques représentent 30 % des 7000 nouveaux dialysés. Le régime général rembourse globalement chaque année près de 9 milliards d’euros de soins et de traitements aux 80 % de patients diabétiques admis au régime des affections longue durée (ALD). En moyenne, la facture s’élève à 5910 euros par malade et par an (en 2004). Ces remboursements vont encore augmenter. L’Institut national de veille sanitaire (InVS) a constaté que 2,5 millions de personnes (presque 4 % de la population) sont traitées pour le diabète en 2007, soit une augmentation de 5,7 % par rapport à 2006. Ces chiffres expliquent la motivation de l’assurance-maladie à proposer aux diabétiques de type I ou II en ALD (âgés de plus de 18 ans) un accompagnement.
« Les patients ont adhéré par le biais des CPAM avec l’accord des médecins traitants, rappelle Frédéric Van Roekeghem, le directeur de la CNAM. Nous souhaitons avoir 130 000 patients ». A ce jour, 30 000 personnes ont donné leur consentement. Mais le suivi téléphonique personnalisé n’est possible que si les 6200 médecins traitants concernés renvoient le questionnaire d’évaluation. Les CPAM en ont reçu 3300, soit 11 % des patients. « Ce questionnaire, réactualisé tous les ans par le praticien, détermine le niveau de gravité du diabète, explique le Dr Monique Olocco-Porterat, diabétologue et présidente de l’Association nationale de coordination des réseaux diabète (ANCRED). Il a été élaboré avec le concours de l’Association pour l’étude du diabète (ALFEDIAM). « Nous avons apporté notre expertise scientifique, témoigne le Pr Serge Halimi, chef du service de diabétologie au CHU de Grenoble et président de l’ALFEDIAM. Il vaut mieux que ce type de programme se fasse avec nous que sans. »
Les réticences des médecins
Les médecins traitants impliqués dans le programme Sophia touchent 2 C, soit 44 euros, à l’entrée d’un patient diabétique dans le dispositif, puis 1 C par an.« Les médecins ont intérêt à inciter leurs patients à intégrer ce programme, car nous savons bien qu’en matière de diabète, la réussite du traitement dépend essentiellement de l’engagement du patient, estime le Dr Michel Combier, président de l’Unof et membre du comité scientifique du projet Sophia. De plus, il est préférable que ce soit l’assurance-maladie qui se lance dans ce type d’accompagnement et non des assureurs privés.»
L’Association française des diabétiques (AFD) accueille aussi avec enthousiasme le programme concocté par la CNAM. Mais, petit bémol, du côté du collectif de patients et d’usagers (CISS), on s’inquiète du mélange des genres entre « éducation thérapeutique » et simple « accompagnement » des diabétiques pour améliorer leur qualité de vie. Des médecins relèvent aussi ce type de contradiction. « L’assurance-maladie prend des décisions contradictoires, estime le Dr Didier Ménard, généraliste dans un des départements pilotes. D’un côté, elle propose de suivre les patients par téléphone, ce qui s’apparente à du gadget. De l’autre, elle lance des appels d’offres pour créer des ateliers d’éducation thérapeutique qui regroupent les professionnels de santé localement autour de leurs patients ». Le Dr Ménard a refusé de participer à Sophia. « C’est impossible qu’une infirmière, même formée, puisse faire par téléphone du travail personnalisé auprès de mes patients. J’ai 35 ethnies différentes, soit autant de façon de se nourrir.” Ce médecin préfère lancer en 2009, dans la cité des Francs-Moisins à Saint-Denis, un atelier d’éducation thérapeutique avec un généraliste, un interne, des infirmières et des kinésithérapeutes.
Sophia sera évalué au bout de dix-huit mois par une société extérieure à la CNAM. En fonction des résultats, le programme pourrait être étendu aux maladies cardiovasculaires et à l’asthme.
Mathias Germain
(1) Les départements pilotes sont : Seine-Saint-Denis, Sarthe, Loiret, Puy-de Dôme, Alpes-Maritimes, Ariège, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Gers, Tarn.
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Questions à…
Pr Serge Halimi, diabétologue au CHU de Grenoble, président d’ALFEDIAM
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Ce n’est pas de l’éducation thérapeutique
Medecinews. Quel a été le rôle d’ALFEDIAM ?
Pr Serge Halimi. Nous avons apporté notre expertise scientifique au programme de l’assurance-maladie. Nous avons rappelé les limites de l’accompagnement téléphonique. Suivre un patient atteint d’une maladie
chronique est toujours complexe. Nous avons aussi apporté des
informations dans l’élaboration des livrets mis à disposition des
adhérents. Le premier livret porte sur les examens de suivi recommandés
par la Haute autorité de santé, le second sur l’alimentation et les
repas.
Sophia s’adresse-t-il à tous les diabétiques ?
Pr S. H. Il faut se méfier du risque de dérapage si on intègre dans ce
programme des diabétiques complexes, comme les patients qui ont plusieurs injections d’insuline par jour. Nous avons convenu avec
l’assurance-maladie de rappeler aux diabétiques de type I et II en
multi-injections qui pourraient être intéressés par Sophia d’aller
avant tout consulter leur diabétologue. J’espère que les CPAM
n’intègreront pas ces patients. Selon moi, le programme s’adresse avant
tout à des patients de type II débutants, ce qui est déjà énorme.
Le suivi téléphonique, est-il vraiment bénéfique ?
Pr S. H. Des travaux américains ont montré qu’il y a un certain
bénéfice. Mais il faut rappeler qu’aux Etats-Unis, ce type d’expérience
a été mené par des équipes assez proches des patients. Avec Sophia, le
programme est très large. On peut aussi s’interroger sur le rapport
coût/ efficacité. Le programme est évalué à 20 millions d’euros pour
130 000 patients. Une chose est sûre Sophia, n’est pas de l’éducation
thérapeutique.
Entretien réalisé par MG
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