| Depuis leur création en 1958, les CHU ont réalisé 78 premières mondiales. Un palmarès que les médecins aimeraient bien étoffer au moment où les hôpitaux doivent se serrer la ceinture.
30 décembre 1958. La date est à marquer d’une pierre blanche pour les CHU. L’ordonnance n°58-1373, c’est l’acte de naissance des centres hospitalo-universitaires. Et ces derniers ont décidé de fêter dignement cet anniversaire. Toute l’année 2008 est donc ponctuée d’événements célébrant le jubilé. Hôpital Expo qui débute le 27 mai prochain ne fait évidemment pas exception à la règle. Des débats télévisés sur les CHU dans le monde ou encore sur leur valeur ajoutée y seront organisés. En dehors des événements prévus, la manifestation permet aussi aux acteurs hospitaliers de mener une réflexion, de faire une sorte de droit d’inventaire mais aussi de se retourner sur le passé.
Et l’histoire nous apprend que ces mastodontes sanitaires ne se sont pas faits en un jour. « Tout le monde parle de 1958 comme de la date mythique mais il a fallu attendre 1963 pour avoir les premiers décrets et encore deux ans, pour leur mise en musique, rappelle le Pr Jacques Frexinos, président de la commission du patrimoine historique des hôpitaux de Toulouse et co-auteur de l’ouvrage « Le CHU, l’hôpital de tous les défis », publié à l’occasion du jubilé. En outre, il faut se souvenir que les réticences à la création de ces établissements venaient de tous côtés. Les CHU n’auraient jamais vu le jour sans la volonté politique du Général de Gaulle et du Pr Robert Debré. »
Une histoire ponctuée de premières mondiales
Et manifestement, la ténacité a payé. Aujourd’hui, tout le monde salue l’idée de génie fondatrice du Pr Debré : le rapprochement de l’hôpital et de l’université. « La formule école + centre de soins nous est enviée partout », affirme Paul Castel, président de la conférence des directeurs généraux de CHU. En 50 ans, ce binôme a fait preuve d’une exceptionnelle capacité d’innovation. » C’est effectivement dans l’enceinte des centres hospitalo-universitaires que l’on recense un très grand nombre de premières mondiales. Le Pr Alain Deloche, chef du pôle cardio-vasculaire à l’hôpital européen Georges Pompidou, se souvient par exemple très bien de la première réalisée par le Pr Alain Carpentier en 1968. « Cette intervention de la réparation mitrale s’est réalisée en catimini. Nous étions à l’époque uniquement deux à se rendre compte que c’était une première mondiale. La consécration n’est venue des Etats-Unis que dix ans plus tard ». Aujourd’hui, les médecins des CHU continuent à innover, à révolutionner la pratique mais la médiatisation est autrement plus importante. Le Pr Bernard Devauchelle, qui a réalisé la première allogreffe de visage en 2005 en sait quelque chose. Les Victoires de la médecine 2008 ont d’ailleurs décidé, en partenariat avec les CHU, de mettre un coup de projecteur sur les 78 premières mondiales réalisées par des équipes françaises. Un palmarès des 15 premières les plus emblématiques sera présenté lors de la septième édition des Victoires. D’ores et déjà, les médecins sont invités à établir leur propre palmarès. Un site Internet a été créé pour l’occasion.
L’histoire des CHU ne se résume pas pour autant à une suite de succès. Certaines erreurs du départ laissent même des séquelles. « Pour faire avaler la pilule aux médecins et qu’ils viennent travailler à temps plein dans les CHU, on avait accepté qu’ils continuent à avoir une activité libérale. Depuis, le problème s’est fossilisé », analyse le Pr Frexinos. Beaucoup plus récemment, d’autres embûches se sont mises sur la route de ces établissements. Le problème le plus aigu est aujourd’hui le financement. Pas moins de 29 CHU sont aujourd’hui déficitaires. Et selon le Pr Alain Destée, président de la Conférence des présidents de CME des CHU (voir ci-contre), « le mode de financement basé sur l’activité risque de nous obliger à nous orienter vers une activité de soins basique, qui remettrait en cause nos spécificités que sont notamment l’enseignement, l’innovation et la recherche. » Pour sortir de cette impasse financière et trouver des solutions adaptées aux CHU, le ministère de la Santé a mis sur pied, début mai, un groupe de travail avec les directeurs généraux, les présidents de CME et la Fédération hospitalière de France.
Cécile Coumau
|
Questions à… Pr Alain Destée, président de la Conférence des présidents de CME des CHU (Durée : 1mn13)
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur. Telecharger
La spécificité des CHU en danger
Medecinews. Qu’est-ce-que la création des CHU il y a 50 ans, a apporté à notre système de santé ?
Pr Alain Destée : Cette création a d’abord permis de développer un mode de prise en charge tout à fait adapté pour les cas les plus lourds. Les patients bénéficient, sur un même site, de compétences excellentes dans le domaine du soin. Les CHU, c’est aussi un lieu d’enseignement. Leur originalité, c’est d’offrir un enseignement à la fois pratique et théorique. Autrefois, ceux qui soignaient n’étaient pas ceux qui enseignaient. Enfin, les CHU ont permis l’éclosion d’une recherche médicale de bon niveau. Certes, nous n’avons pas autant de moyens que certains de nos voisins et nos résultats ne sont pas au niveau des pays anglo-saxons. Mais, la recherche médicale française fait quand même bonne figure au niveau international.
Les difficultés financières des CHU ne risquent-elles pas de mettre à mal leur capacité d’innovation ?
Pr A. D. : Il est vrai que le financement actuel nous pénalise. La T2A est construite à partir de tarifs moyens. Or, par essence, les malades des CHU sont plus coûteux que la moyenne. Le tarif moyen n’est donc pas suffisant dans la plupart des cas. En outre, le financement des missions d’intérêt general ne correspond ni aux besoins, ni à la réalité. Ce mode de financement pourrait nous inciter à nous orienter vers une activité de soins de proximité, autrement dit une activité basique. Nous devrions alors négliger notre fonction de recours et d’innovation.
Que réclamez-vous pour que les CHU restent un pôle d’excellence ?
Pr A. D. : Nous demandons que le financement soit assuré pour moitié par l’activité et pour moitié par l’enveloppe “Mission d’intérêt general”, qui est propre aux CHU. L’enseignement, la référence, le recours, l’innovation, c’est tout de même ce qui fait notre spécificité.
Entretien avec C.C.
|