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Pour s’opposer à la fermeture de la maternité de leur hôpital, une centaine d’élus de la Nièvre menace de boycotter les municipales.
Un vent de résistance souffle sur le nord de la Nièvre. Appel au boycott des élections municipales, arrêtés municipaux interdisant aux femmes d’accoucher
Une centaine d’élus locaux proteste contre la fermeture du service de maternité de l’hôpital de Clamecy. “C’est un mouvement qui met l’Etat devant ses responsabilités”, a déclaré le député PS Christian Paul devant les maires des communes concernés. Une fronde qui arrive au moment où se dessine une nouvelle réforme del’hôpital public et une rédéfinition du rôle des acteurs régionaux sur la politique de santé.
La maternité de l’hôpital de Clamecy, dont dépendent près 33 000 usagers répartis dans une centaine de communes de la Nièvre et de l’Yonne, doit fermer le 31 mars. Cela fait suite à une décision de l’Agence régionale de l’hospitalisation (ARH) de Bourgogne prise en juin 2007. ” A cette époque, notre commision exécutive a accepté que l’unité d’obstétrique continue à fonctionner jusqu’au 31 mars 2008 en vue de transformer l’unité en centre périnatal de proximité qui serait mis en place dans le cadre d’une convention avec le centre hospitalier d’Auxerre” a expliqué l’ARH dans un communiqué.
Cette décision s’inscrit dans un contexte national de restructuration hospitalière. En 2006, l’Observatoire des recompositions hospitalières comptabilisait près de 369 opérations de rapprochement et de transfert d’activités, plus de 110 communautés d’établissements et plus de 100 réseaux ville-hôpital sont réalisés ou créés, dans l’ensemble des régions. Ce mouvement est conduit au motif de la sécurité des patients. Les études montrent que la sécurité est assurée à partir d’un certain seuil d’activité. Pour une maternité notamment, le seuil est fixé à 300 accouchements par an. En 2007, la maternité de Clamecy avait procédé à 214 accouchements. “C’est ce qui a motivé la décision de notre commission exécutive, explique-t-on du côté de l’ARH. De plus, l’unité obstétrique de Clamecy n’a pas de pédiatre 24 h / 24.”
Pour le chef de service de la maternité, le gynécologue-obstétricien, Michel Filidori, la qualité est assurée. “L’hôpital de Clamecy est le pivot d’un réseau de périnatalité qui fonctionne parfaitement depuis 1994. Les femmes sont très bien suivies en amont et en aval, sur le plan médical et social. Cette décision va décapiter un réseau qui a été évalué et qui a fait ses preuves.” Le Dr Filidori, qui a aussi un cabinet à Clamecy, s’inquiète de l’impact de cette décision sur les médecins généralistes installés dans la région. “La désertification est déjà en cours. Et moi-même, je ne sais pas quelle décision prendre si la décision de l’ARH n’est pas modifiée”. D’après le maire de Clamecy, deux cantons sont déjà dépouvus de médecins généralistes. “La fermeture de cette maternité, c’est la mort d’un territoire", a de son côté résumé Robert Méry, président de l’association des usagers des réseaux de santé du Haut-Nivernais.
Les opposants au projet soupçonnent des raisons économiques. “Les maires qui président les conseils d’administration des hôpitaux locaux, n’ont pas vu venir les conséquences de la tarification à l’activité (T2A), estime Fabrice Millereau, maire de Beaumont sur l’Oise, membre de l’Association des maires des petites villes de France (APVF). L’hôpital de Clamecy traîne depuis la fin des années 90 un déficit récurrent. Situation qui n’est pas propre à Clamecy : 1,5 milliard d’euros de déficit pour les hôpitaux en 2006. Mais cette fragilité financière des établissements poussent les pouvoirs publics à agir. En octobre dernier au CHU de Bordeaux, le président de la République confirmait cette intention avec notamment comme objectifs une nouvelle réforme de l’hôpital et surtout la fin des déficits hospitaliers pour 2012. Une commission, présidée par Gérard Larcher (ex président de la Fédération française des hôpitaux), est chargée de faire des propositions en avril prochain.
Au plan national, les opposants au projet de fermeture de services s’arc-boutent sur la notion de proximité. « Pour conduire les recompositions hospitalières, le critère n°1, c’est la qualité et non pas la proximité, affirme Fabrice Marchiol, le maire UMP de La Mure (Isère) membre de la commission Larcher, qui souligne un paradoxe. Quand on est bien portant, on a tendance à vouloir la proximité des services hospitaliers, mais lorsqu’on est patient, on exige la qualité. Et pour cela, on est prêt à faire des kilomètres pour voir le grand spécialiste. » En 2004, il a conduit la restructuration de son hôpital en organisant la fermeture du bloc opératoire. « Nous avons négocié avec l’ARH. En échange de la suppression du bloc, notre service de médecine a été renforcé et le service d’urgences est maintenu, malgré un seuil d’activité (6000 passages par an) inférieur aux recommandations (8000 passages par an). » Le maire est d’autant plus satisfait du résultat que l’hôpital de la Mure affiche pour la première fois en 2007 un équilibre budgétaire.
« La notion d’établissement de territoire est essentielle à mes yeux pour permettre à l’hospitalisation publique d’assurer un maillage territorial et de mutualiser les ressources, expliquait avec diplomatie Roselyne Bachelot. Ce qui signifie des regroupement mais pas des fermetures d’hôpitaux. » L’hôpital de Clamecy ne serait donc pas menacé ? Un point de vue qu’elle partagera certainement avec les élus nivernais qui ne manqueront pas sa visite à l’hôpital d’Auxerre le 25 février prochain.
Mathias Germain
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Questions à…
Bernard Bardin, maire PS de Clamecy (Nièvre)
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« Une maison de périnatalité, à la limite ! »
Medecinews. Pourquoi cette soudaine mobilisation ?
Bernard Bardin. C’est une mobilisation qui date de nombreuses années. Nous n’avons pas commencé à manifester il y a quinze jours. Nous avions obtenu un maintien du service de maternité de Clamecy par dérogation compte tenu des distances importantes qui séparent Clamecy d’Auxerre et de Nevers, c’est-à-dire respectivement 42 kilomètres et 70 kilomètres. Pour certaines communes éloignées, cela représente des temps de transports d’une heure voire une heure et demie. Et à l’occasion du renouvellement d’autorisation à la fin 2006, suite à un rapport commandé par l’Agence régionale de l’hospitalisation (ARH), la commission exécutive (ComEx) a décidé de la fermeture de la maternité.
Pour quels motifs ?
B. B. Le rapport de l’ARH nous reprochait l’absence d’une sage-femme. Nous en avions quatre à l’époque. Maintenant nous en avons cinq, et elles dorment toutes sur place. Nous avons rempli les conditions. L’ARH soulignait aussi qu’il fallait un pédiatre à demeure dans le centre hospitalier. Nous avons fait valoir que nos deux médecins anesthésistes avaient été formés à la réanimation néonatale, et qu’ils étaient en capacité de faire aussi bien qu’un pédiatre en cas d’urgence. De notre point de vue, il ne manquait qu’un pédiatre pour faire les visites des nouveaux-nés. Donc, nous avons passé une convention avec Nevers et maintenant un médecin vient faire les visites.
Donc pour nous, la qualité du service est là. L’indice de satisfaction de la population est très bon. Les femmes sont suivies en amont et en aval, car en 1994, le centre hospitalier avait été innovant en organisant un réseau de périnatalité. Donc, les grossesses difficiles sont rapidement identifiées et ces femmes sont orientées vers des maternités de niveau 2 ou 3.
Un centre périnatal de proximité, ce n’est pas acceptable ?
B. B. C’est ce que l’ARH nous propose. Mais nous y sommes opposés. A la limite, et en désespoir de cause, nous sommes prêts à transformer le service de maternité en maison de périnatalité. C’est-à-dire que l’accouchement se ferait à la maternité d’Auxerre ou à Nevers mais que les soins post-partum se feraient à Clamecy auprès de leur famille. Cette solution permettrait au moins de préserver les emplois des sages-femmes.
Entretien avec M.G.
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