Les vaccins contre l’hépatite B sont-ils dangereux ? Voilà une question à laquelle de nombreux parents attendent une réponse de leur médecin, qu’il soit pédiatre ou généraliste.
Chercheur dans le laboratoire Santé-Individu-Société de l’université de Lyon, codirigé par Yves Matillon (président fondateur de l’ANAES, ancien conseiller de Roselyne Bachelot) et Jacques Gaucher (professeur de psychologie de la santé), j’ai récemment assisté à un exposé d’un professeur de neurologie sur le recueil international des informations sur les patients atteints de sclérose en plaques. Cet éminent docteur nous a également présenté en aparté les résultats des études sur les dangers des vaccins contre l’hépatite B, tirés de travaux publiés dans le New England Journal of Medicine. Il n’a d’ailleurs pas manqué de nous révéler que ces résultats avaient été interprétés de façon totalement fallacieuse par les médias et le grand public, et que les médecins étaient en grande difficulté pour délivrer aux parents inquiets une information fiable.
Ces revues de référence que sont le Lancet, le New England Journal of Medicine, ou le British Medical Journal – il faut dire le BMJ pour paraître branché – constituent-elles pour les médecins une base fiable de données pour le travail quotidien des médecins de ville et de l’hôpital ? Combien de médecins en lisent ne serait-ce que les sommaires chaque mois, y compris pour ceux d’entre nous qui sommes enseignants-chercheurs ? Ces revues ne servent-elles pas uniquement à faire accéder à des postes de professeurs à ceux qui y écrivent ?
Bref, depuis 1958 que les études médicales nous structurent selon les deux axes de la clinique et des sciences fondamentales, n’y a-t-il pas un décalage entre le modèle scientifique qui sous-tend notre identité et notre légitimité médicale et la pratique quotidienne ?
Mais au fait, savez-vous ce que dit le New England des dangers des vaccins contre l’hépatite B ? Et moi qui ai reçu l’information il y a deux mois, qu’en ai-je retenu ?
Archive pour février 2009
Et qu’est ce qu’il dit le New England ?
Jeudi 26 février 2009L’innovation médicale sous les tropiques
Jeudi 19 février 2009Tantôt décrits comme des miettes de l’empire colonial, comme des lieux de vacances hivernales pour les déçus des sports d’hiver, ou comme des miroirs déformants de la métropole où se condensent toutes les injustices, les DOM-TOM bénéficient rarement d’une image authentiquement positive auprès du « Zoreil moyen ». Médecin appelé sous les drapeaux entre 1994 et 1996 en Nouvelle-Calédonie, j’ai eu au contraire la surprise de constater que la médecine calédonienne était innovante à bien des égards. En effet, alors que le taux de mortalité infantile était celui d’un pays du tiers monde en 1988, il avait chuté au niveau de l’Europe en moins de deux ans.
Par quel miracle ? Entre 1988 et 1990, tout le territoire avait été fourni en dispensaires dirigés par des généralistes formés à une médecine polyvalente, et équipés d’un matériel humain et technique tout à fait satisfaisant.
Et si en métropole, en échange d’un salaire de praticien hospitalier, on proposait aux médecins généralistes de piloter des dispensaires publics dotés d’infirmiers et travailleurs sociaux, et pourvus d’une salle de travail, d’outils d’imagerie et d’équipements de biologie médicale, pensez-vous que cela constituerait un progrès notable ?
A une époque carrefour où la médecine générale accède au statut de médecine de spécialité, une telle réforme pourrait-elle conduire la médecine générale à obtenir ses lettres de noblesse, en forgeant des savoirs originaux et en développant des pratiques spécifiques, par exemple dans le champ de l’épidémiologie ou de l’éducation sanitaire ?
Et surtout, est-ce possible ? Certains spécialistes – radiologues, biologistes, pédiatres, obstétriciens, psychiatres par exemple – n’y verraient-ils pas un empiètement sur leur territoire ?
Question d’urgence
Samedi 7 février 2009
Bien que depuis deux siècles notre système de santé fasse gagner à la population française cinq heures de vie supplémentaire par jour, il pâtit depuis plusieurs années d’un discrédit croissant. Ce blog se donne pour objectif de souligner quelques-unes des tensions et contradictions qui traversent notre système de soins, et de les mettre en discussion auprès des professionnels de santé.
Pour initier le débat, nous pouvons nous tourner vers l’évolution des services d’urgence. Psychiatre et médecin légiste dans un service d’urgence lyonnais durant 10 ans, j’ai côtoyé quotidiennement ces flux harcelants de personnes exclues de la médecine hospitalière de spécialité censée être rentable économiquement, que les urgentistes et leurs collaborateurs accueillent et tentent d’orienter. Deux ouvrages sortis en 2008 sont tirés de cette expérience : “Où va l’hôpital” ? (Desclée de Brouwer) et “La médecine d’urgence” (Erès). J’y souligne l’écart de pratique puis de culture qui se creuse entre les urgences « débordées » par des malades qu’elles n’avaient pas prévu d’accueillir et les services hospitaliers qui s’hyperspécialisent et se conforment aux exigences de rentabilité des réformes médico-économiques successives.
Plusieurs questions restent entières :
que faire des usagers de l’urgence, c’est-à-dire ceux qui souffrent d’une intrication de problèmes sanitaires, sociaux, voire psychologiques et juridiques (anciens « beaux malades » devenus grabataires, malades atteints de multiples pathologies, personnes âgées, auteurs et victimes de violence, suicidants, SDF, clandestins, etc.) ?
faut-il les attribuer aux urgentistes, qui revendiquent de s’acquitter du « sale boulot » de la médecine voire de la société, au sein d’un discours anxiogène séduisant pour les médias avides d’émotion, mais insupportable pour les médecins spécialistes ?
faut-il au contraire refonder un système de soins à même d’accueillir et traiter dignement et dans leur globalité ces personnes qui semblent « in-recyclables » ?
Bref, comment trouver une issue à ces contradictions ?