Tantôt décrits comme des miettes de l’empire colonial, comme des lieux de vacances hivernales pour les déçus des sports d’hiver, ou comme des miroirs déformants de la métropole où se condensent toutes les injustices, les DOM-TOM bénéficient rarement d’une image authentiquement positive auprès du « Zoreil moyen ». Médecin appelé sous les drapeaux entre 1994 et 1996 en Nouvelle-Calédonie, j’ai eu au contraire la surprise de constater que la médecine calédonienne était innovante à bien des égards. En effet, alors que le taux de mortalité infantile était celui d’un pays du tiers monde en 1988, il avait chuté au niveau de l’Europe en moins de deux ans.
Par quel miracle ? Entre 1988 et 1990, tout le territoire avait été fourni en dispensaires dirigés par des généralistes formés à une médecine polyvalente, et équipés d’un matériel humain et technique tout à fait satisfaisant.
Et si en métropole, en échange d’un salaire de praticien hospitalier, on proposait aux médecins généralistes de piloter des dispensaires publics dotés d’infirmiers et travailleurs sociaux, et pourvus d’une salle de travail, d’outils d’imagerie et d’équipements de biologie médicale, pensez-vous que cela constituerait un progrès notable ?
A une époque carrefour où la médecine générale accède au statut de médecine de spécialité, une telle réforme pourrait-elle conduire la médecine générale à obtenir ses lettres de noblesse, en forgeant des savoirs originaux et en développant des pratiques spécifiques, par exemple dans le champ de l’épidémiologie ou de l’éducation sanitaire ?
Et surtout, est-ce possible ? Certains spécialistes – radiologues, biologistes, pédiatres, obstétriciens, psychiatres par exemple – n’y verraient-ils pas un empiètement sur leur territoire ?