Médecin lyonnais, je travaille dans la ville où les premières greffes d’avant-bras et de face ont été effectuées. Parisien d’origine, je connais le contraste entre la réputation de show off des Parisiens et celle plus discrète – et plus honnête dit-on à Lyon – des Lyonnais. Pourtant, dans ce domaine précis, ce sont les Lyonnais qui ont franchi le pas d’une pratique qui apparaît à plus d’un médecin comme autant osée que peu éthique.
Au-delà de l’anecdote, une question reste entière : qu’est-ce qu’une innovation médicale ?
° Est-ce l’invention d’un instrument comme le forceps ou le stéthoscope, étapes-clés dans l’élaboration de la médecine du 19e siècle ?
° Est-ce la mise en place d’un dispositif de soins et d’un champ de pratiques professionnelles, comme cela a été le cas de Pinel avec l’hôpital psychiatrique ou de Debré avec le CHU ?
° Est-ce l’alliance de la volonté politique et du génie d’un chercheur non-médecin, qui a conduit la France à bénéficier d’une couverture vaccinale ?
Concernant ces exemples, quelles sont les parts respectives des sciences fondamentales, de la clinique, de la technique, mais aussi de la politique qui ont promu leur jaillissement ?
Pour revenir à la greffe d’avant-bras ou de la face, la principale critique dont cet acte chirurgical fait l’objet est qu’il ne bénéficie qu’à un petit nombre de personnes, contrairement aux exemples cités plus haut. Et pourtant, quand on se penche sur l’histoire de la chirurgie, on se rend compte que la greffe de tissus composites constitue une étape incontournable après la greffe de tissus puis d’organes. En outre, le dispositif chirurgical, immunologique et psychologique mis en place pour soigner ces patients conduisent leurs praticiens à faire des découvertes qui vont bien au-delà de la simple greffe. C’est paradoxalement à partir d’une technique marginale qu’émergent des débats médicaux, chirurgicaux, éthiques, psychologiques et psychanalytiques, voire des œuvres littéraires (Noëlle Chatelet, Le baiser d’Isabelle).
Alors, qu’est-ce qu’une innovation médicale ?
Une innovation doit conduire à l’amélioration de l’état du patient, sur un plan médical ou psychologique. Manifestement, dans les exemples que vous citez, la réponse est oui. Je pense que la question devrait être plutôt: qu’est ce que la société est prête à prendre en charge. Par exemple faut -il admettre une opération couteuse mais marginale? C’est à la société de trancher et pas aux médecins. En dernier ressort, c’est le politique qui doit déterminer le niveau à partir duquel ison pays doit encourager l’innovation.