Et si l’on se remettait à fumer à l’hôpital? « Discordances

Et si l’on se remettait à fumer à l’hôpital?

Voici plusieurs années que la consommation de tabac, en application de la loi Evin, a été progressivement réprimée à l’hôpital, alors qu’auparavant des « zones-fumeurs » permettaient à ses usagers et professionnels d’y griller une clope, parfois à proximité d’un distributeur de boissons chaudes et de nourriture huileuse : vous savez, ces fameuses madeleines bien grasses qu’on a tous ingurgités lors d’une garde bien remplie pour se caler entre un massage cardiaque et une intubation…
Pour avoir travaillé une dizaine d’années aux urgences, j’ai aussi constaté le caractère « thérapeutique » d’une zone dénommée « coin fumeur », où les patients les plus fragiles se réunissaient pour discuter et se soutenir. Dans le service où je travaillais, un entier conseil de service – on dit maintenant « Conseil de pôle » – avait été consacré à l’application de la loi Evin « pour se débarrasser de tous ces cons qui nous envahissent », disaient ses plus ardents défenseurs. Il avait aussi été évoquée l’idée de supprimer les distributeurs de boissons et de nourriture dans le même objectif. J’y avais alors consacré un article dans une revue du CNAM (Fumer n’est pas jouer. Chronique d’une zone fumeur dans un service d’urgence, Travailler, 18, 137-158, 2007). Alors qu’à juste titre les personnels des urgences se plaignaient de l’ambiance déviante qui régnait dans ce « coin fumeur », sa suppression a conduit les patients à se réunir de façon anarchique dans des recoins moins visibles du service d’urgence, où plusieurs d’entre eux ont fait brûler un matelas avant qu’une patiente dénonce y avoir été violée…
Dans le même ordre d’idée, le syndicat des psychiatres d’exercice public (SPEP) avait jugé la loi Evin « inapplicable » à l’hôpital psychiatrique, du fait de la longue durée d’hospitalisation de certains patients psychotiques et présentant des addictions sévères. Mes confrères psychiatres des hôpitaux psychiatriques me confirment d’ailleurs qu’ils continuent à autoriser leurs patients à fumer, se mettant ainsi dans l’illégalité vis-à-vis de l’autorité administrative et juridique.
En tentant d’éradiquer le tabagisme au sein de l’hôpital, les lois successives ne fonctionnent-elles pas comme un outil de répression contre ce qu’il vient révéler, c’est-à-dire l’inquiétude, la tension interne et la souffrance psychique des usagers, accompagnants, visiteurs et personnels ?



Un commentaire sur “Et si l’on se remettait à fumer à l’hôpital?”

  1. Rauscher Catherine dit :

    Je suis bien d’accord!
    Un hôpital sans tabac n’est pas un hôpital sans fumeurs. Cette logique de procrire le tabac des lieux de soins répond au calibrage de plus en plus important qui est imposé aux soins et aus soignants, impreigné de logique sécuritaire et va parfois à l’encontre du soin. Alors qu’autoriser une cigarette à un patient angoissé, qui plus est en chambre d’isolement, permet d’éviter l’engrenage et parfois la contention, et favorise le lien avec les soignants…

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