Question d’urgence « Discordances

Question d’urgence

fdanetBien que depuis deux siècles notre système de santé fasse gagner à la population française cinq heures de vie supplémentaire par jour, il pâtit depuis plusieurs années d’un discrédit croissant. Ce blog se donne pour objectif de souligner quelques-unes des tensions et contradictions qui traversent notre système de soins, et de les mettre en discussion auprès des professionnels de santé.
Pour initier le débat, nous pouvons nous tourner vers l’évolution des services d’urgence. Psychiatre et médecin légiste dans un service d’urgence lyonnais durant 10 ans, j’ai côtoyé quotidiennement ces flux harcelants de personnes exclues de la médecine hospitalière de spécialité censée être rentable économiquement, que les urgentistes et leurs collaborateurs accueillent et tentent d’orienter. Deux ouvrages sortis en 2008 sont tirés de cette expérience : “Où va l’hôpital” ? (Desclée de Brouwer) et “La médecine d’urgence” (Erès). J’y souligne l’écart de pratique puis de culture qui se creuse entre les urgences « débordées » par des malades qu’elles n’avaient pas prévu d’accueillir et les services hospitaliers qui s’hyperspécialisent et se conforment aux exigences de rentabilité des réformes médico-économiques successives.
Plusieurs questions restent entières :
que faire des usagers de l’urgence, c’est-à-dire ceux qui souffrent d’une intrication de problèmes sanitaires, sociaux, voire psychologiques et juridiques (anciens « beaux malades » devenus grabataires, malades atteints de multiples pathologies, personnes âgées, auteurs et victimes de violence, suicidants, SDF, clandestins, etc.) ?
faut-il les attribuer aux urgentistes, qui revendiquent de s’acquitter du « sale boulot » de la médecine voire de la société, au sein d’un discours anxiogène séduisant pour les médias avides d’émotion, mais insupportable pour les médecins spécialistes ?
faut-il au contraire refonder un système de soins à même d’accueillir et traiter dignement et dans leur globalité ces personnes qui semblent « in-recyclables » ?
Bref, comment trouver une issue à ces contradictions ?



3 commentaires sur “Question d’urgence”

  1. roxy dit :

    Pensez-vous vraiment que les urgentistes sont contents de s’acquitter du sale boulot?

  2. KIERZEK dit :

    Bravo et bienvenue dans la blogosphère.
    Un peu de pub: http://gkierzek.blog.lemonde.fr/2009/02/27/des-urgences-a-la-sante-publique-grace-a-un-confrere-sociologue-medecin/
    Vision très intéressante et d’avenir de la médecine (d’urgence).

  3. kyste dit :

    Les urgentistes voient un flot continue de patients difficiles, mais ils ne vivent pas avec eux pendant très longtemps. Par contre les méchants spécialistes, surtout de CHU, les prennent dans leurs services et cherchent des solutions pour ces patients complexes, dans les pathologies intriquées, dans les situations sociales, et dans les comportements parfois. Parfois effectivement il est fatigant d’entendre toujours le témoignage de l’urgentiste pleurant et accusant le monde entier de bloquer son beau service, les patients parce qu’ils arrivent à cause des médecins de ville qui ne font plus leur boulot, les méchants services qui ne veulent pas prendre les patients qui leur sont présentés d’une façon plus qu’approximative, etc.
    Une histoire, qui m’avait fait rire: http://kystes.blog.lemonde.fr/2008/10/27/un-aller-retour-de-50-metres/
    Alors je crois qu’il faut que l’ensemble des médecins se rendent compte qu’ils sont embarqués dans la même histoire et d’arrêter de jouer au mistigri.

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